En Charente-Maritime, une entreprise fabrique du mobilier urbain avec des briques alimentaires

Tout est parti d’un chantier où un client demande à ce menuisier d’agencement de formation de lui trouver…

Tout est parti d’un chantier où un client demande à ce menuisier d’agencement de formation de lui trouver « des poteaux qui ne pourrissent pas ». L’histoire est originale. « J’ai tapé tout simplement dans Google : “Poteau qui ne pourrit pas” et je suis tombé sur le témoignage d’une personne qui recyclait de la brique alimentaire à Nevers. J’ai pris ma voiture et je suis allé la rencontrer. »

Recherche et innovation

C’est la source de l’aventure Urban’Ext, c’est là que Manuel Chevreuil s’est inventé un destin dans la recherche et l’innovation. Pour comprendre l’enjeu, il faut apprendre à mieux connaître la brique alimentaire qui vit dans nos frigos et qui est composée de carton à 73 %, de plastique à 23 % et d’aluminium à 4 %. « Quand elle est collectée, les papetiers la rachètent pour fabriquer des mouchoirs par exemple », explique Manuel Chevreuil. « Moi, ce qui m’intéresse c’est la partie aluminium-polyethylène qu’une société italienne transforme en granulats. C’est ma matière première et elle est encore transformée en barres par un de mes associés à Saint-Etienne. » Une véritable innovation dans le recyclage de la brique alimentaire qui passe par l’entreprise de Manuel Chevreuil dont le siège social est toujours à Montmorillon (Vienne).

C’est pendant une de ses nuits d’insomnie, que l’entrepreneur qui n’est décidément pas à cours d’idées, imagine de fabriquer à partir de sa matière innovante, des bornes de distribution de gel hydroalcoolique

Depuis 2018, c’est à Yves, entre Rochefort et La Rochelle qu’a partir de ces barres, des meubles sont usinés et assemblés. Car le chef d’entreprise avait envie de vivre près de l’océan. Et laisser, par la même occasion, une période assez sombre de l’histoire de l’entreprise quand, en 2016, trois ans après la création, Urban’Ext est mise en redressement. « On a passé le cap car nous n’étions que deux : une commerciale et moi-même », souligne le chef d’entreprise.

Manuel Chevreuil entouré de trois de ses salariés dans l’atelier de fabrication situé à Yves.

Manuel Chevreuil entouré de trois de ses salariés dans l’atelier de fabrication situé à Yves.

Nathalie Daury-Pain

Depuis l’installation en Charente-Maritime, le chiffre d’affaires a été multiplié par trois et six personnes sont salariées entre les sites de Montmorillon et Yves. Mais le parcours du combattant n’est pas fini quand, en 2020 et que le carnet de commandes équivaut à million d’euros, le confinement s’abat sur le monde. « Bien sûr tout a été gelé », témoigne Manuel Chevreuil. « Les salariés ont bénéficié du chômage partiel mais, comme vous pouvez l’imaginer, j’avais du mal à trouver le sommeil. »

C’est pendant une de ses nuits d’insomnie, que l’entrepreneur qui n’est décidément pas à cours d’idées, imagine de fabriquer à partir de sa matière innovante, des bornes de distribution de gel hydroalcoolique. « J’ai posté la photo du produit sur les réseaux sociaux et tout s’est emballé », indique le créateur d’Urban’Ext. « Nous en avons vendu une puis deux, puis 20 pour finir à en écouler 2 000. Cela nous a permis de passer ce cap difficile. »

Pas d’aides publiques

Lors de la reprise économique, les commandes ont été dégelées mais Manuel Chevreuil reste aux aguets. « Nous sommes très peu nombreux à faire de la véritable économie circulaire. Le grand public a tendance à confondre le tri et le recyclage comme nous le pratiquons. Il faut savoir que les chutes de matières lors de l’usinage sont réutilisées, nous ne jetons rien mais la recherche et le développement coûtent très cher et je n’ai jamais reçu un euro d’aides publiques. » Et ce, malgré sa présence à l’Élysée en 2020 quand 120 produits fabriqués en France ont été exposés.

Comme beaucoup de professionnels, Manuel Chevreuil a également du mal à recruter des techniciens et des agents commerciaux et il commence à se sentir à l’étroit dans les 800 m² de son local pour optimiser son développement. Car le mobilier urbain séduit de plus en plus les collectivités locales. Des communes comme Yves, Chatelaillon, Angoulins et bien d’autres sont séduites par les bancs, tables, poubelles, composteurs etc. de même que les particuliers se tournent vers les lames de terrasses ou transats. « Les débouchés sont très importants dans le domaine du recyclage », conclut Manuel Chevreuil. « C’est la richesse de demain, il y a de l’or dans nos poubelles… »