En Charente-Maritime, la culture de la moutarde se relocalise

« Reconnecter le consommateur »

Ex-journaliste native de Saintes (Charente-Maritime) et ancienne diplômée d’une…

« Reconnecter le consommateur »

Ex-journaliste native de Saintes (Charente-Maritime) et ancienne diplômée d’une école de commerce passée par une multinationale de la grande distribution, les deux jeunes femmes ont quitté leur métier d’origine pour fonder voilà six ans Les 3 Chouettes. Loin des produits standardisés des géants de l’agro alimentaire, la marque vise à reconnecter le consommateur à son assiette. « En relocalisant la catégorie des condiments, très mondialisée. On élabore des pickles de légumes (choux-fleurs, carottes, NDLR) en alternative aux cornichons Indiens qui fournissent près de 90 % de la production française par exemple. »

Des graines de moutarde.

Des graines de moutarde.

D. B./”SO”

Troisième condiment le plus utilisé dans le monde après le sel et le poivre, la moutarde connaît une pénurie sans précédent (lire par ailleurs).

Dans l’optique de s’en procurer pour confectionner trois recettes à base de graines de moutarde (au vinaigre de cidre, à l’estragon et au miel-curcuma), mais aussi pour fabriquer de la moutarde, les deux responsables des 3 Chouettes ont contacté la Corab, une coopérative de producteurs bio implantée depuis 1998 à Saint-Jean-d’Angély, dans le nord-est de la Charente-Maritime.

Parmi les 200 adhérents recensés dans un rayon de 200 km, une poignée cultive de la moutarde, dont l’Exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) de La Devise à Landrais. Gérée par Laurent et Laurence Pinaud, l’exploitation s’est convertie au bio en 1998. En plus de céréales (maïs semence, blé biscuitier), de légumineuses (lentilles rose, blonde, pois chiche) et de légumes secs (haricots blancs, flageolets), le couple s’est mis à cultiver la moutarde voilà trois ans : « Le directeur de la Corab nous avait sollicité pour répondre à une demande de Biocoop. » Ce réseau de magasins bio dont la Corab est sociétaire avait sollicité la coopérative ainsi que quelques moutardiers.

Fidélisation

La plante avait quasiment disparu des champs du Poitou et des Charentes depuis « quinze à vingt ans », estime Camille Moreau, directeur de la Corab. La faute à des tentatives d’introduire des espèces du Canada qui ne se sont pas acclimatées en France. Conséquence : la production fut stoppée nette et la graine de moutarde est depuis importée d’Outre-Atlantique.

« On peut faire des rendements encore meilleurs »

De six hectares à l’origine, Laurent Pinaud en cultive aujourd’hui 10 et compte passer à une quinzaine d’ha de moutarde, pour un rendement « de 600 kg à l’hectare ». « On peut faire des rendements encore meilleurs », assure l’agriculteur qui a « beaucoup appris en trois ans : il faut fertiliser davantage et attirer les insectes avec des plantes compagnes comme les lentilles ». Il s’apprête à récolter dans quelques jours les graines semées en octobre 2021, qu’il revendra « 2 200 euros la tonne » à la Corab.

Dans son sillage, une trentaine de paysans adhérents de la Corab cultivent la graine de moutarde. Leur production cumulée est évaluée « à 30 à 35 tonnes », reprend Camille Moreau qui se méfie des effets de mode. Les moutardiers qui s’engagent le font sur un engagement pluriannuel pour éviter un approvisionnement ponctuel d’industriels opportunément attirés par la pénurie actuelle. Ce qui n’est pas le cas des 3 Chouettes qui compte se procurer quatre à cinq tonnes tous les ans.