Emmanuel Macron : sa proposition de conditionner le RSA à une activité provoque la polémique

Emmanuel Macron lors d’une rencontre avec les lecteurs des quotidiens régionaux, à Pau, le 18 mars 2022. Emmanuel Macron lors d’une rencontre avec les lecteurs des quotidiens régionaux, à Pau, le 18 mars 2022.

Un « meilleur équilibre des droits et devoirs » ou une mesure « antisociale » ? Depuis la présentation de son projet, le 17 mars, une réforme avancée par Emmanuel Macron suscite une salve de critiques de la part de ses concurrents pour l’élection présidentielle, mais aussi des syndicats ou des associations de lutte contre l’exclusion : sa volonté de conditionner le revenu de solidarité active (RSA) à quinze à vingt heures d’activité hebdomadaire, facilitant l’insertion professionnelle.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Pour la Cour des comptes, le RSA ne mène pas assez à l’emploi

A peine la conférence de presse du président candidat terminée, ses opposants ont dénoncé cette idée, présentée comme un dispositif revenant à rémunérer les bénéficiaires au rabais. Ils « travailleront pour 7 euros de l’heure, même pas le niveau du smic ! », s’est insurgé le candidat communiste, Fabien Roussel. Lequel part du principe que « quinze à vingt heures de travail » par semaine seront payées 565 euros, soit le montant du RSA par mois pour une personne seule. Même argumentaire chez la représentante du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen. « Emmanuel Macron veut créer un mi-temps à 6 euros l’heure », s’est-elle indignée, en critiquant une logique « néolibérale ».

Plusieurs syndicats se sont montrés également très critiques, dont le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, ou son homologue de l’UNSA, Laurent Escure. « Les plus pauvres doivent être accompagnés, et non suspectés ou punis. Une formation doit être offerte, pas imposée », a jugé ce dernier.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Conditionner le RSA à une activité, une idée jugée « choquante » par les associations de lutte contre l’exclusion

En face, les macronistes assurent être victimes d’un faux procès, en jurant ne pas vouloir créer des emplois faiblement rémunérés. A les entendre, le dispositif qu’ils souhaitent mettre en œuvre n’aurait rien de « punitif » mais viserait, au contraire, à « accompagner » les près de 2 millions de bénéficiaires du RSA vers un « vrai » contrat de travail. Sans que la perception de ce revenu minimum soit une fin en soi, mais simplement une étape transitoire.

« L’objectif, c’est d’en sortir »

Le RSA « est un progrès social, mais l’objectif n’est pas d’y rester, c’est d’en sortir », a souligné le premier ministre, Jean Castex, lundi 21 mars, sur TF1. « Aider quelqu’un, l’accompagner vers l’insertion, est toujours mieux que lui donner une allocation. L’allocation, c’est la réponse des lâches », a plaidé le patron des députés La République en marche (LRM), Christophe Castaner, lundi, sur BFM-TV. « L’allocation, c’est la réponse contre la pauvreté », a rétorqué le député de La France insoumise (LFI) Adrien Quatennens.

La polémique est alimentée par l’ambiguïté des propos de M. Macron. Lorsqu’il a évoqué la nécessité de « consacrer quinze à vingt heures par semaine pour une activité », afin de pouvoir toucher le RSA, il a à la fois parlé d’une « obligation » – suggérant que cela s’appliquerait à l’ensemble des bénéficiaires, sans distinction – avant de dire que cela concernerait « toutes celles et ceux qui le peuvent ». De quoi susciter des interrogations sur de possibles exemptions. L’organisation concrète du dispositif n’est pas plus précisée dans son projet présidentiel. A la rubrique « Des droits et devoirs renforcés », il est simplement écrit que le RSA doit être « conditionné à une activité effective qui permet l’insertion ». Sans préciser les critères qui permettront d’évaluer ce qu’est une « activité effective ».

Il vous reste 41.86% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.