Elon Musk et Jamie Dimon, Cassandre de l’économie américaine

Le New York Stock Exchange, le 1er juin 2022. Le New York Stock Exchange, le 1er juin 2022.

L’affaire a commencé par la vision, mercredi 1er juin, de Jamie Dimon, le PDG de JP Morgan, la première banque américaine, décelant à l’horizon un « ouragan » sur l’économie mondiale. « Cet ouragan est juste là, sur la route, qui vient vers nous. Nous ne savons simplement pas si c’est un simple ouragan ou le superouragan Sandy [qui dévasta New York en 2012]… et on ferait mieux de se préparer. » Puis est venu l’e-mail du patron de Tesla, Elon Musk, révélé par l’agence Reuters, qui déclare à ses équipes avoir « un super mauvais pressentiment » et envisage de couper jusqu’à 10 % de ses effectifs, dans un mémo intitulé « Suspension mondiale des embauches ».

Le monde étant menacé par la stagflation, l’action de la Réserve fédérale (Fed) a toutes les chances d’être beaucoup plus rude que prévu pour juguler la hausse généralisée des prix, qui était encore de 6,3 % sur un an en avril aux Etats-Unis. En juin, la banque centrale américaine va cesser de renouveler ses achats de titres bancaires arrivés à échéance, comme elle l’a fait massivement depuis deux ans pour soutenir l’économie.

Lire la chronique : Article réservé à nos abonnés « La Fed ne sait pas piloter les atterrissages en douceur lorsqu’il s’agit de combattre la hausse des prix »

Après avoir augmenté ses taux d’un quart de point en mars puis d’un demi-point en mai, la Fed devrait récidiver lors de ses réunions de la mi-juin, de juillet et sans doute de septembre, ce qui ferait bondir le loyer de l’argent à court terme au-delà de 2,25 %. « Pour l’instant, il est très difficile de voir un argument en faveur d’une pause. Nous avons encore beaucoup de travail à faire pour ramener l’inflation à notre objectif de 2 %, a déclaré Lael Brainard, la vice-présidente de la Fed. C’est notre défi numéro un en ce moment. Nous partons d’une position de force. L’économie a beaucoup de dynamisme. »

Le chômage au plus bas

Les chiffres de l’emploi publiés vendredi 3 juin auront conforté les banquiers centraux. Ils sont excellents. Le chômage est presque à son plus bas historique de 3,6 %, le pays a créé 390 000 emplois en mai et a presque retrouvé son niveau d’avant la pandémie. Il va donc être nécessaire de calmer la machine. Sans surprise, les marchés financiers n’ont pas apprécié : les taux à dix ans se sont brutalement tendus vendredi, pour passer de 2,9 % à 3 %, tandis que Wall Street reculait, de 1,7 % pour le S&P 500 et de 2,6 % pour le Nasdaq.

Pourtant, en dépit de ces turbulences, la correction n’a rien d’un « ouragan ». Certes, l’indice S&P 500 a reculé de 13 % depuis le début de l’année tandis que le Nasdaq, indice riche en technologie, est en baisse de 22 %. Mais ces chiffres sont bien meilleurs que les reculs de 20 % et 28 % qui avaient été atteints au début de mai.

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