Économie : pourquoi Hermès installe deux ateliers en Nouvelle-Aquitaine

Quand la société Hermès, géant du luxe « à la française », avance ses pions en matière d’ouverture de sites ou d’ateliers de production, notamment de sa maroquinerie – et elle en a inauguré neuf en dix ans en France – elle le fait toujours dans le plus grand secret. L’effet d’annonce, ce n’est pas vraiment le genre de la maison aux 9 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel (2021).

Pour ses ateliers, Hermès recrute et forme ses artisans.

Pour ses ateliers, Hermès recrute et forme ses artisans.

Guillaume Bonnaud/ « Sud Ouest »

260 emplois à l’Isle-d’Espagnac (16)

Ce mardi 15 mars c’est donc bien des confirmations d’ouvertures et non des projets qui ont été révélées par Hermès. En 2025 à l’Isle-d’Espagnac en Charente, tout près d’Angoulême une maroquinerie va donc sortir de terre. Elle mobilisera à terme pas moins de 260 artisans.

« C’est une excellente nouvelle qu’il a fallu enfouir pendant plusieurs mois », confirme Xavier Bonnefont, maire d’Angoulême, mais aussi Président de la communauté d’agglomération du Grand Angoulême. « Nous avions sélectionné plusieurs sites pour Hermès, qui n’avait pas arrêté son choix sur la nature même du terrain et du projet. La société s’est montrée ouverte, dès le départ, à des propositions de terrains nus, mais aussi de friches industrielles. » Finalement, c’est sur un terrain nu de 3,5 hectares du Parc d’activité de Bel-Air qu’une manufacture de 6 000 m² d’ateliers de plain-pied va être bâtie afin de pouvoir, d’ici trois ans, produire les premiers sacs à main.

Des choix tout sauf hasardeux

« Nous étions en concurrence avec d’autres sites, confie Xavier Bonnefont, mais nous avions plusieurs atouts de poids. Nous avions d’abord la possibilité de proposer un terrain qui répond facilement aux objectifs d’Hermès, à savoir la qualité environnementale et paysagère car nous proposons une vue imprenable sur la ville d’Angoulême. Mais je pense que ce qui a été le plus déterminant, c’est notre proximité géographique d’avec les autres ateliers d’Hermès, à Montbron, en Charente, à Nontron, en Dordogne et la ganterie de Saint-Junien, en Haute-Vienne. »

En effet, cette implantation près d’Angoulême, qui constituera son 24e atelier de maroquinerie (ils sont tous situés en France) est tout sauf hasardeuse et se justifie par la volonté d’Hermès d’organiser sa production en pôles. La future manufacture de l’Isle-d’Espagnac va rejoindre le pôle des maroquineries du Sud-Ouest, qui comprend les trois sites déjà cités.

500 artisans Hermès au total en Gironde

Une stratégie qui fait le bonheur d’une autre commune de la région, en Gironde cette fois : Loupes, petite commune de l’Entre-deux-Mers (lire par ailleurs). En effet, si c’est sur ce village de 834 âmes qu’Hermès a jeté son dévolu pour ce qui sera son 24e atelier de Maroquinerie, c’est pour sa proximité avec l’atelier de Saint-Vincent-de-Paul, baptisé Maroquinerie de Guyenne. Un site qui a été inauguré en septembre 2021 et qui mobilise déjà 260 artisans, soit l’effectif que devrait atteindre le site de Loupes, dont l’inauguration est prévue pour 2026. Ces deux manufactures constitueront, de fait, le pôle girondin d’Hermès. Le huitième plus gros pôle, pour être plus précis, qui regroupera au total et à terme au moins 500 artisans.

À ce jour, en France, Hermès compte 52 manufactures et sites de production et un réseau de plus de 300 magasins dans 45 pays. L’ensemble emploie 11 000 des 17 600 personnes que la société française mobilise chaque jour dans le monde entier. Avec ces deux nouveaux sites, le groupe français confirme ses ambitions de croissance et poursuit le développement de ses capacités de production.

Malgré la pandémie, le groupe qui a été fondé en 1837 à Paris a réalisé « sa meilleure année » en 2021, avec un bénéfice net de 2,44 milliards d’euros et des chiffres de ventes que le groupe prévoyait de ne réaliser qu’en 2024.

Dans le cadre de la guerre entre la Russie et l’Ukraine et des mesures de rétorsions économiques imposées au pays agresseur, Hermès a été le premier groupe de luxe à fermer temporaire ses magasins russes. Cela aura sans doute un impact sur ses chiffres de ventes à venir, mais la situation actuelle ne semble pas remettre en cause sa stratégie de développement de la production, qui profite à l’économie et à l’emploi en France en général, dans la région en particulier.