Écologie et énergie : sous Élisabeth Borne, un duo de ministres à la manœuvre

Une architecture proposée par Emmanuel Macron entre les deux tours de la présidentielle, reprenant le concept de « planification écologique » mis en avant par Jean-Luc Mélenchon. Missions annoncées : « faire de la France la première grande nation à sortir du pétrole, du gaz et du charbon » et mener la « planification écologique territoriale ».

Nouvelle ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des Territoires, Amélie de Montchalin, 37 ans, aura la responsabilité du logement et des transports, ainsi que la protection de la nature et la biodiversité, comme dans l’architecture gouvernementale précédente. La Première ministre lui a donné comme mission de « mettre en œuvre la transition écologique dans les territoires avec les élus », citant aussi les déchets.

« Nous devons agir maintenant, tant qu’il est encore temps », a lancé de Montchalin lors de la passation de pouvoirs, promettant d’aller « plus vite, plus fort, plus loin », et appelant à « la mobilisation nationale […] pour faire de l’écologie notre projet national ».

Réactions contrastées

L’énergie, en revanche – contrairement au gouvernement précédent —, revient donc à l’autre membre du duo, Agnès Pannier-Runacher, 47 ans. Énarque, inspectrice des Finances, HEC, rompue au secteur public comme au privé, est aussi un soutien de la première heure d’Emmanuel Macron. Elle était jusqu’à présent chargée de l’Industrie, installant les prémices d’une réindustrialisation affichée verte et décarbonée dans le cadre du plan de relance.

Les parcours des nouvelles ministres ont suscité des réactions contrastées.

Elle a affiché lors de la passation de pouvoirs son objectif « d’indépendance énergétique et industrielle » pour la France et son « ambition sans commune mesure » pour le développement des énergies renouvelables et pour la filière nucléaire. L’une des mesures qu’elle devra préparer, selon Borne, sera de créer une offre de location longue durée de voitures électriques à moins de 100 euros par mois.

Pour compléter cette architecture, Matignon a annoncé la création d’un « secrétariat général à la Planification écologique » auprès de la Première ministre, confié à Antoine Pellion, ancien conseiller écologie, transports, énergie, logement et agriculture de Jean Castex.

Les industriels satisfaits

« Ce ne sont pas des profils attendus », a réagi Jean-François Julliard, directeur de Greenpeace France, en référence à leur peu d’expérience environnementale. « Mais ce qui est inquiétant, c’est que toutes deux sont considérées comme des fidèles d’Emmanuel Macron et de ce qui a été fait jusqu’à présent, lors d’un quinquennat perdu pour le climat. On jugera sur pièces ».

L’État a en effet été condamné récemment à deux reprises pour non-respect de ses obligations en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Des engagements, fixés dans le cadre de l’Union européenne, pour une trajectoire de réduction de 40 % d’ici à 2030 par rapport à 1990.

Sans compter que l’UE a rehaussé ses objectifs à une réduction de 55 % des émissions en 2030 (la répartition des efforts par pays est en cours de négociation) et vise la neutralité carbone en 2050, rappellent les militants écolos.

Côté industries de la transition, on se félicitait vendredi des nouvelles nominations.

Agnès Pannier-Runacher « a un passé industriel, et un de nos enjeux est de construire la filière industrielle du solaire français » dit Daniel Bour, président du syndicat du solaire Enerplan.

Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables, relève que l’architecture gouvernementale « correspond aux engagements ». Mais « l’important est la feuille de route […] pour accélérer le déploiement des énergies renouvelables, et on ne la connaît pas encore exactement ».

Sur le même sujet


Eoliennes en Nouvelle-Aquitaine : notre dossier

Eoliennes en Nouvelle-Aquitaine : notre dossier

Plutôt épargnée, la Nouvelle-Aquitaine voit fleurir les projets de parcs éoliens. Ici et là, le scénario se répète : les opposants se mobilisent et le tribunal tranche, de plus en plus en faveur de l’implantation des mats.

La première chose que les industriels demandent est simple : accélérer la délivrance des permis d’installation de projets d’énergies renouvelables, et réduire les délais, qui peuvent aujourd’hui approcher dix ans pour l’éolien en mer. « C’est vrai qu’on patine un peu… », admettait le prédécesseur de Mme Borne, Jean Castex. Sur les éoliennes et les parcs solaires, disait-il, « c’est très français : on est pour, mais chez le voisin ».