Dordogne : les vignerons très inquiets face à la pénurie de bouteilles de verre

Au château Ladesvinges situé à Pomport, en Dordogne, dans l’appellation monbazillac, ce vigneron doit composer avec une augmentation jamais vue du prix des matières sèches qui servent au conditionnement du vin : capsules, papier, carton et surtout flacons en verre.

Son cas n’est pas isolé…

Au château Ladesvinges situé à Pomport, en Dordogne, dans l’appellation monbazillac, ce vigneron doit composer avec une augmentation jamais vue du prix des matières sèches qui servent au conditionnement du vin : capsules, papier, carton et surtout flacons en verre.

Son cas n’est pas isolé. Tous les vignobles sont concernés par cette hausse doublée d’une pénurie des approvisionnements. L’industrie verrière, dont les fours sont particulièrement voraces en carburant, est confrontée à une augmentation des prix de l’énergie. Débutée fin 2021, elle a été démultipliée par la guerre en Ukraine.

« Je vais rogner sur mes marges »

En temps normal, à Ladesvignes, les grossistes communiquent en fin d’année le prix de leurs bouteilles sur une année à Michel Monbouché. « Ça nous permet de calculer nos offres en fonction de ces coûts. » Sauf qu’en début d’année, il a « encaissé une hausse de 9 % ». Comme il lui restait du stock, il s’est contenté d’en acheter un camion.

En mars dernier, nouveau coup de bambou : « On m’a expliqué que ma livraison prévue pour le mois de juin serait livrée en juillet ou en août. Avec une nouvelle hausse de 13 %. » Au-delà du prix, ce délai met en péril sa production : « Normalement, on fait notre mise en bouteille au printemps pour dégager de la place en prévision de la vendange suivante. Mais si je ne parviens pas à vider mes cuves… » Certes, il lui reste encore 5 000 ou 6 000 flacons, mais il en a besoin encore de 30 000, pour une exploitation qui sort environ 150 000 bouteilles par an.

Au château Ladesvignes, il ne reste que 5 000 à 6 000 bouteilles à Michel Monbouché, là où il en faudrait 30 000...

Au château Ladesvignes, il ne reste que 5 000 à 6 000 bouteilles à Michel Monbouché, là où il en faudrait 30 000…

Grégoire Morizet

Pour rien arranger, le prix du carton et des étiquettes est à la hausse et les délais de livraisons des capsules sont à l’avenant. « L’augmentation des matières sèches est de 15 à 20 centimes par bouteille, a-t-il calculé. Sans oublier le prix du carburant des tracteurs qui a explosé. »

« Que se passe-t-il si je n’ai pas de bouteilles ? Comment honorer les marchés sur lesquels je suis engagé ? »

Michel Monbouché ne se sent pas de répercuter ces hausses sur ses ventes. « Quand je m’engage, je m’engage. Je vais donc rogner sur mes marges. Mais que se passe-t-il si je n’ai pas de bouteilles ? Comment honorer les marchés sur lesquels je suis engagé ? Ça commence à être vraiment compliqué. »

« Du n’importe quoi »

Changement d’échelle chez Unidor, à Saint-Laurent-des-Vignes, premier site d’embouteillage de la Dordogne. Ici, 15 millions de bouteilles sortent chaque année, dont les trois-quarts remplies de vin des caves coopératives. L’entreprise fait partie du troisième plus gros groupe d’achat français, « ce qui donne une vue sur tous les marchés », explique son directeur général, Jean-Marc Fontaine.

15 millions de bouteilles sortent chaque année d’Unidor, centre d’embouteillage des caves coopératives de Sigoulès, Monbazillac et Alliance Aquitaine.

15 millions de bouteilles sortent chaque année d’Unidor, centre d’embouteillage des caves coopératives de Sigoulès, Monbazillac et Alliance Aquitaine.

Grégoire Morizet

Une première augmentation de 15 % a été encaissée le 1er janvier. Elle était la conséquence de la crise sanitaire, durant laquelle les fabricants avaient puisé dans leurs stocks, qui ont manqué quand la reprise a pointé. « Mais la hausse la plus perturbante est arrivée en avril. C’est devenu du n’importe quoi. »

« Vidrala qui pèse un quart du marché français ne peut plus livrer. Nos bouteilles sont bloquées la frontière »

L’explosion du prix de l’énergie en est la cause principale, sachant qu’il représente « 40 % du coût de fabrication d’une bouteille de vin », explique-t-il. Sa structure est « très dépendante » de l’Espagnole Vidrala, un des plus gros verriers européens, pour ses approvisionnements, dont le prix des bouteilles a pris 45 %. Mais en Espagne et au Portugal, les transporteurs sont en grève : « Vidrala, qui pèse un quart du marché français, ne peut plus livrer. Nos bouteilles sont bloquées la frontière. »

« Effet PQ et pâtes »

Les plus grosses difficultés concernant les bouteilles blanches, Jean-Marc Fontaine est « très inquiet pour les Monbazillac et de cotes de bergerac moelleux ». « Ce sont des habitudes que nous n’avons pas, mais rien n’interdit de les conditionner dans des bouteilles vertes, essaie de relativiser Éric Chadourne, président de l’Interprofession des vins de Bergerac Duras (IVBD). Même si cela empêche de voir la belle robe dorée du monbazillac, il s’agit de marketing. »