Dordogne : le Bout du monde, un vignoble au milieu de l’agglo périgourdine

Véronique Vialard conseille Estelle, 35 ans, en stage sur le domaine.

Véronique Vialard conseille Estelle, 35 ans, en stage sur le domaine.

Philippe Greiller

Inutile de battre la campagne…

Véronique Vialard conseille Estelle, 35 ans, en stage sur le domaine.

Véronique Vialard conseille Estelle, 35 ans, en stage sur le domaine.

Philippe Greiller

Inutile de battre la campagne périgourdine à l’aveugle pour le trouver. Avec sa surface de 3,5 hectares, le domaine du Bout du monde, à Creyssensac-et-Pissot, passe presque inaperçu sur une carte IGN. « Mieux vaut avoir un GPS pour arriver jusqu’ici », sourit Véronique Vialard, une œnologue-conseil de 50 ans devenue viticultrice sur le tard avec son compagnon, Olivier Candon.

Plus de labour

Les ceps de merlot et de cabernet s’épanouissent sur les collines de Creyssensac-et-Pissot.

Les ceps de merlot et de cabernet s’épanouissent sur les collines de Creyssensac-et-Pissot.

Philippe Greiller

La vigne était là avant eux. Et depuis longtemps, comme en témoigne la présence de vielles souches, présumées plus que centenaires, en marge des rangs de vigne actuellement exploités. « Il semblerait que toutes les vignes n’aient pas été arrachées au moment de la crise du phylloxéra, comme cela a pu être le cas ailleurs. C’est sans doute ce qui explique qu’il ait pu y avoir un vignoble ici », analyse la vigneronne.

Le couple a repris les parcelles en fermage en 2015. Elle avait l’expérience, il avait la liberté et l’esprit de contradiction du profane. En accord avec le propriétaire du domaine, un étranger résident permanent de Creyssensac-et-Pissot, Véronique Vialard et son conjoint ont pris l’initiative de convertir le domaine en bio. Tout le domaine, en commençant par la parcelle des Vieilles vignes plantée dans les années 1970, celle de La Piscine ou encore celle du Court de tennis. « Le propriétaire du vignoble nous a laissé carte blanche pour mener à bien notre projet », explique Véronique Vialard.

« Ici, on peut tester des choses qu’on n’aurait pas osé essayer ailleurs »

Une première cuvée en 2015 pour se rassurer, une autre en 2016 pour innover. Franc-tireur, le couple s’est autorisé toutes les audaces, la première d’entre elles consistant à introduire sur la propriété des techniques viticoles assez peu ordinaires ; d’aucuns diront anticonformistes. « Dans le cadre de notre engagement en faveur de la biodynamie, nous avons décidé de ne plus labourer les pieds de vignes et de laisser l’herbe reprendre ses droits, explique la tout juste quinquagénaire. J’étais plutôt dubitative au départ compte tenu de ma formation d’œnologue, mais Olivier a insisté et il a eu raison : les raisins s’épanouissent d’autant mieux que la nature est à leurs pieds. »

Situé trop loin du vignoble bergeracois pour pouvoir prétendre à une appellation d’origine contrôlée (AOP), le domaine du Bout du monde produit des vins commercialisés sous l’indication géographique protégée (IGP) Vins du Périgord et Vins de France. Handicap, diront les « buveurs d’étiquette » qui se rassurent avec des achats ciblés de vins AOP. Opportunité, oppose Véronique Vialard, persuadée d’avoir trouvé à Creyssensac-et-Pissot le terrain de jeu idéal pour laisser libre cours à leurs envies. « Ce n’est ni dans ma nature, ni dans celle d’Olivier d’être dans le rang. Ici, on peut tester des choses qu’on n’aurait pas osé essayer ailleurs pour se donner une chance de faire des vins de qualité qui ont quelque chose de particulier », indique l’intéressée.

Véronique Vialard et sa gamme de vins rouges et blancs produits à Creyssensac-et-Pissot et à Ribagnac, dans le vignoble bergeracois.

Véronique Vialard et sa gamme de vins rouges et blancs produits à Creyssensac-et-Pissot et à Ribagnac, dans le vignoble bergeracois.

Philippe Greiller

Le nom des vins est à lui seul une invitation à se laisser tenter par l’expérience de la singularité. En témoigne le succès du vin Monsanto, « Mon vin sans toxique », dont le matricule fait office de pied de nez au géant de l’agroalimentaire américain. « C’est notre façon à nous de revendiquer notre attachement à la nécessité de préserver la nature », signale la vigneronne.

Chaque année, le domaine du Bout du monde produit 10 000 à 12 000 bouteilles. La plupart sont vendues directement sur la propriété, à des particuliers ou à des professionnels de la restauration locaux. Dernièrement, ses vins rouges ont accompagné le hotdog à la truffe imaginé par Raphaël Mollica, le chef du restaurant Le Dix, à Sainte-Alvère (commune de Val de Louyre et Caudeau), pour les 35 ans du marché contrôlé. De quoi doper la notoriété du vignoble de l’agglomération périgourdine sans pour autant faire perdre la tête à ses gérants : « On privilégie le circuit court. Quand on a un vignoble de 3,5 hectares, on peut maîtriser toute la production et bien la valoriser. Il n’y a pas de raison de changer la formule », conclut la viticultrice.