Dordogne : des aînés qui vivent en familles d’accueil, une alternative à l’Ehpad

Un goûter de champion en compagnie de sa femme, Huguette, de quatre ans sa cadette. Elle préfère le Picon bière et les biscuits à la cuillère. Après la toilette avec une infirmière, ils partageront une partie de Scrabble, comme tous les soirs. Un peu plus loin, Lili, 90 ans, tricote devant la télévision à côté de Marie-Thérèse, 90 ans, elle aussi.

Dix ans que les Provôt s’occupent de Marie-Thérèse, qui les suivis lorsqu’ils sont descendus de Bretagne, en 2018.

Dix ans que les Provôt s’occupent de Marie-Thérèse, qui les suivis lorsqu’ils sont descendus de Bretagne, en 2018.

T. J./« Sud Ouest »

Nous sommes dans la commune du Pizou, non loin de Montpon-Ménestérol, en Dordogne, chez Marie et Laurent Provôt, famille d’accueil pour personnes âgées. Laurent Provôt est président de l’Union nationale France accueil familial. Ce mercredi, ils ont invité un autre couple d’accueillants : Bruno Ponte, le président de l’Association des familles d’accueil de la Dordogne (AFA 24) et sa femme Annie.

« Vie de famille »

Tous les quatre sont convaincus des vertus de ce mode d’accueil pour les aînés. « Ce que nous offrons de plus par rapport à l’Ehpad [NDLR : établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes], c’est une vie de famille, tout simplement », avance Bruno Ponte. « On peut leur accorder tout le temps nécessaire », abonde Marie Provôt.

Laurent et Marie Provôt (à gauche de la table) travaillent en étroite collaboration avec Bruno Ponte (au premier plan) et sa femme Annie (à droite de la table).

Laurent et Marie Provôt (à gauche de la table) travaillent en étroite collaboration avec Bruno Ponte (au premier plan) et sa femme Annie (à droite de la table).

T. J./« Sud Ouest »

« Ils ne voulaient pas aller en Ehpad et il n’était pas question de les séparer car c’est un couple fusionnel »

D’ailleurs, le concept semble ravir Jacques, qui ne tarit pas d’éloges sur ses hôtes. « L’accueil est remarquable, assure le pensionnaire entre deux anecdotes sur ses années de résistant. Je ne pensais pas qu’un tel accueil nous serait réservé dans une famille qui ne connaissait rien de nous. »

« Statuts précaires »

Pour Jacques et Huguette, arrivés de Gironde il y a un mois, c’est un accident domestique qui a sonné la fin de l’indépendance. « À l’hôpital, les services médicaux se sont rendu compte qu’ils ne pouvaient plus rester seuls, raconte Marie Provôt. Ils ont alerté la famille qui a cherché des solutions de placement et nous a contactés. »

À titre dérogatoire, les Provôt ont été autorisés à recevoir deux personnes supplémentaires. « Ils ne voulaient pas aller en Ehpad et il n’était pas question de les séparer car c’est un couple fusionnel, poursuit Marie. Dans ce cas, la loi nous autorise à accueillir quatre personnes. Sinon, le maximum est fixé à trois. »

Chaque résident bénéficie de sa chambre avec salle de bain privative et adaptée. Pour les soins et la toilette, des infirmières ou aides-soignantes passent chaque jour ainsi que des médecins ou kiné lorsque c’est nécessaire. Cathy, l’aide à domicile, vient aussi donner un coup de main pour des tâches ménagères.

L’infirmière est arrivée pour aider Huguette dans sa toilette.

L’infirmière est arrivée pour aider Huguette dans sa toilette.

T. J./« Sud Ouest »

Pourtant, ils l’assurent, leur métier relève du sacerdoce. Pas étonnant que les accueillants soient de moins en moins nombreux. « Nos statuts sont extrêmement précaires, regrette Laurent Provôt. Nous n’avons pas droit au chômage, on travaille 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 tout, et on a du mal à trouver quelqu’un pour nous remplacer quand on veut partir en vacances. »

« Pour l’humain »

Quant à la rémunération minimale, elle est de 2,5 heures par jour (au Smic, soit environ 26 euros net) et par personne reçue. France accueil familial demande à passer à 3,5 heures. « Il ne faut pas se dire que l’on va faire ça pour gagner de l’argent, plaide Marie Provôt. C’est l’humain qui doit motiver. Quand on les fait lever le matin et qu’ils sont là avec un grand sourire, c’est ça qui nous motive. »

Devant sa Suze, Jacques Maréchaux narre ses faits de résistance (dont il a fait un livre), à côté de sa femme.

Devant sa Suze, Jacques Maréchaux narre ses faits de résistance (dont il a fait un livre), à côté de sa femme.

T. J./« Sud Ouest »

Pour en savoir plus sur l’accueil familial, rendez-vous sur franceaf.fr et pour la Dordogne à l’AFA 24, au 05 53 91 14 56.