Dordogne : comment cinq jeunes paysans ont repris un domaine à 740 000 euros

Ce domaine, qui accueillait une forge jusqu’à la fin du XIXe siècle, compte près de 1 500 m² de bâtiments anciens (logements et granges) et 71 hectares de terres qui s’étalent d’un sel tenant du cours de la Crempse jusqu’au sommet du coteau. Un rêve…

Ce domaine, qui accueillait une forge jusqu’à la fin du XIXe siècle, compte près de 1 500 m² de bâtiments anciens (logements et granges) et 71 hectares de terres qui s’étalent d’un sel tenant du cours de la Crempse jusqu’au sommet du coteau. Un rêve inaccessible pour n’importe quel jeune agriculteur.

Jeudi 7 avril, Manon (en rouge) et Boris (à droite), de la ferme de La Forge (au fond), recevaient la Ligue de protection des oiseaux et des étudiants en BTS Gestion de la nature et du patrimoine.

Jeudi 7 avril, Manon (en rouge) et Boris (à droite), de la ferme de La Forge (au fond), recevaient la Ligue de protection des oiseaux et des étudiants en BTS Gestion de la nature et du patrimoine.

T. J./« Sud Ouest »

Pourtant, depuis 2019, cinq paysans exploitent le domaine en bio. C’est l’établissement foncier de Terre de liens qui a racheté la propriété avant de la mettre à leur disposition.

740 000 euros

Manon et Clément sont « paysans boulangers » depuis 2015. Ils cultivent eux-mêmes leurs céréales (bio), font leur farine à la meule de pierre et cuisent leur pain dans un four à bois. Ils ont été à la genèse de l’aventure avec Boris, venu d’Auvergne pour reprendre la ferme de son grand-père.

« C’est de loin le montant le plus cher d’une acquisition en Dordogne »

« On cherchait des terres à travailler et celles-ci nous intéressaient, raconte Manon. On a rencontré Boris et un autre couple qui cherchaient aussi de la terre. De fil en aiguille, on s’est dit pourquoi pas reprendre la ferme en entier plutôt qu’un morceau chacun. On a proposé le projet à la foncière de Terre de liens qui a étudié le dossier et accepté. »

Quatre génisses ferrandaises ont élu domicile dans l’étable.

Quatre génisses ferrandaises ont élu domicile dans l’étable.

T. J. / « Sud Ouest »

L’établissement foncier a posé 740 000 euros sur la table (dont 290 000 pour les bâtiments). « C’est de loin le montant le plus cher d’une acquisition en Dordogne », explique-t-on à Terre de liens. Les terres et les bâtiments sont loués aux jeunes paysans, qui se sont engagés, via un bail rural environnemental, à exercer une activité de production certifiée bio.

Bière, fruits, pain…

Aujourd’hui, Manon et Clément payent autour de 3 000 euros annuels de loyer pour 30 ha de terres qu’ils ont reconverties en bio et l’accès aux bâtiments. « C’est beaucoup moins cher pour s’installer et puis trouver 30 ha de terres d’un seul tenant en fermage dans le coin, c’est compliqué. »

Boris, qui élève chez lui 80 chèvres laitières bio, a pu récupérer 10 hectares à La Forge pour faire du fourrage Il paie environ 1 000 euros par an. Il vient aussi d’acquérir quatre génisses qui ont élu domicile dans l’étable de l’immense grange en pierres rénovée par les paysans et des bénévoles de Terre de liens. « Des ferrandaises, du Puy-de-Dôme, précise-t-il, elles font à la fois du lait et de la viande. »

Quant à Adrien et Hermine, ils vivent et travaillent sur la propriété. Adrien, le brasseur paysan, cultive son orge, bientôt son houblon et brasse sa bière (La Courte échelle). Hermine cultive de petits fruits et des plantes aromatiques. Ils travaillent à eux deux une vingtaine d’hectares. Le reste, en bord de rivière, est occupé par une peupleraie.

Marché

Sur la ferme, nos cinq paysans ont aussi créé un petit magasin de producteurs qui ouvre deux fois par semaine. Chacun y vend ses productions : pain, bière, plantes et aromates, jus de pomme, confitures, fruits… Une maraîchère et un conserveur viennent aussi compléter l’offre. « C’est le rush de 17 à 19 heures », confie Manon.