Dordogne : ce couple cultive des légumes perpétuels dans son jardin-forêt

Le couple, prof en BTS (lui en informatique, elle en économie et gestion) a d’abord retapé la bâtisse pendant trois ans. Une fois (bien) installés, ils ont voulu répondre à une (sacrée) problématique : comment se nourrir sainement. Ils réfléchissent alors à un « modèle d’agriculture…

Le couple, prof en BTS (lui en informatique, elle en économie et gestion) a d’abord retapé la bâtisse pendant trois ans. Une fois (bien) installés, ils ont voulu répondre à une (sacrée) problématique : comment se nourrir sainement. Ils réfléchissent alors à un « modèle d’agriculture plus résiliente, respectant l’homme et la terre », sur leur terrain de deux hectares. Qui était autrefois une prairie avec une vieille vache au milieu.

Si Yann a appris le jardinage classique au côté de son grand-père maternel et si Aurélie a toujours été branchée nature, le couple a passé du temps le nez dans les bouquins (notamment les travaux du japonais Masanobu Fukuoka). Et a multiplié les expériences tout en se nourrissant des conseils d’anciens du coin.

Le fameux terrain de deux hectares vu du ciel. Il est composé du jardin-forêt, d’une forêt-jardin moins densément plantée, d’une forêt sauvage où l’humain n’intervient pas ainsi que de micro jardins-forêts, autour du potager.

Le fameux terrain de deux hectares vu du ciel. Il est composé du jardin-forêt, d’une forêt-jardin moins densément plantée, d’une forêt sauvage où l’humain n’intervient pas ainsi que de micro jardins-forêts, autour du potager.

DR

Forêt inspirante

Ce terrain est un véritable parcours : Yann Barrot s’est d’abord lancé dans un grand potager cultivé sans chimie « mais en travaillant un peu le sol », précise-t-il. Sol sur lequel poussent essentiellement des légumes classiques. « On commence cette année à inclure plus systématiquement des légumes perpétuels. » Des légumes perpétuels, quèsaco ? Ce sont des plantes non ligneuses qui peuvent, dans un écosystème donné, pousser et se reproduire avec (très) peu d’interventions humaines.

C’est bien simple : pas de travail du sol, pas de désherbage, pas d’intrant. La fertilité est assurée par les plantes elles-mêmes. « Ces légumes sont beaucoup plus sauvages et, en général, beaucoup moins sensibles aux maladies, comme les épinards du Caucase, hyper costauds », explique Aurélie Fromentière.

Il en existe deux sortes : les vivaces (poireaux et choux perpétuels, rhubarbe, oignon rocambole…) et les tubercules (ou les bulbes) comme les topinambours, les crosnes… Les crosnes, « très bons cuits dans une poêle avec du beurre », conseille Aurélie.

« On est de petites fourmis par rapport à l’agrobusiness », indique Aurélie Fromentière.

« On est de petites fourmis par rapport à l’agrobusiness », indique Aurélie Fromentière.

Damien RENOULET

« On respecte la biodiversité »

De son côté, Aurélie a créé un jardin de vivaces et d’aromatiques en forme de mandala (qui signifie cercle en sanskrit). Sans parler d’un jardin-forêt sorti de terre en novembre 2019. Yann Barrot : « Cette idée s’inspire de la forêt qui est le milieu le plus productif sur terre, le plus résilient et le plus autonome en fertilité. » Il poursuit : « On reproduit les différentes strates de la forêt, avec des arbres (près de 150 ont été plantés), des arbustes en dessous et enfin des plantes nourricières, pas seulement des fruits. L’objectif est d’en faire une forêt comestible. » On y récolte des légumes perpétuels, de nombreux aromates, des couvre-sol.

Avantage notable, la culture en jardin-forêt est très économe en eau, matières premières, machines… Et au niveau du travail ? « Le modèle du non-agir ne signifie pas qu’on ne travaille pas. Le laisser-faire est tellement complexe. On ne maîtrise pas grand-chose. Parfois, c’est galère. Mais au moins, on respecte la biodiversité », analyse l’homme.

Au centre de ce jardin-forêt se trouve une mare – un bon tampon thermique – construite en famille (ils ont deux garçons) lors du premier confinement. Des grenouilles s’y sont installées et s’attaquent aux limaces, mangeuses de jeunes plants de choux, salades…

Les plants vendus par le couple. Les commandes sont préparées et expédiées le mardi. Celles-ci peuvent être récupérées à la pépinière (en prenant rendez-vous), livrées à domicile ou en point relais.

Les plants vendus par le couple. Les commandes sont préparées et expédiées le mardi. Celles-ci peuvent être récupérées à la pépinière (en prenant rendez-vous), livrées à domicile ou en point relais.

Damien RENOULET

« Nous ne sommes pas de doux rêveurs »

Aujourd’hui, leur premier objectif est atteint : la petite famille n’achète plus aucun légume, ni aromate. Les œufs proviennent de leurs propres poules. Ils consomment aussi de la viande, « mais en circuit court et de manière raisonnable », précise Yann.

Et l’avenir ? Continuer à voir pousser ces plantes, légumes… Toujours au rythme de la nature. Croyant dur comme fer que leur modèle est reproductible. « Nous ne sommes pas de doux rêveurs », insistent-ils, les pieds sur terre.

(1) Jardin-forêt du Chambon, à Tourtoirac. E-mail contact@jardinforetduchambon.fr. Tél. 06 20 34 24 36. Site jardinforetduchambon.fr. Facebook Jardin-Forêt du Chambon