Domofrance : comment répondre à la demande en logement social dans un contexte sous tension

1 Tension sur l’offre de logements sociaux

Le constat est là : « le contexte actuel renvoie à un déficit de l’offre de logements sociaux », lâche Philippe Rondot, président de Domofrance. « Nous devons faire face à un phénomène de décohabitation, autrement dit de séparation des ménages qui absorbe, à lui seul, notre production de logements annuels. » Et le phénomène pèse d’autant plus dans la métropole bordelaise que le territoire accueille près de 20 000 nouveaux arrivants par an. « Avec 1 700 nouveaux agréments en 2021, soit 20 % de la production régionale de logements sociaux, Domofrance est fidèle aux objectifs qu’il s’était fixés.

Mais si les bailleurs sociaux ont rempli à 90 % les ambitions de construction posées au niveau de la région Nouvelle-Aquitaine, on est seulement à 75 % sur Bordeaux Métropole. » Et celui qui se veut référent au niveau néo-aquitain sur ce marché de pointer le doigt sur « l’absence de politique foncière sur la métropole, dans un contexte de zéro artificialisation et ce, alors qu’il y a du potentiel et une forte demande. Un potentiel qu’il faudra à terme mettre en œuvre. Le pacte social va devoir prendre le pas sur le pacte environnemental. Le marqueur du pouvoir d’achat, c’est le loyer de base. La préfète a pris conscience du problème et essaie de stimuler les collectivités. Il nous faut des dispositifs pour agir », fait remarquer Francis Stéphan, directeur général de Domofrance. On notera aussi des tensions du côté du Pays basque et du sud des Landes, ainsi que sur l’ensemble du littoral très prisé.

Philippe Rondot, président de Domofrance : « Le premier acteur du pouvoir d’achat, c’est le bailleur social. »

Philippe Rondot, président de Domofrance : « Le premier acteur du pouvoir d’achat, c’est le bailleur social. »

Valérie Deymes/Sud Ouest

2 Le logement, un tremplin pour l’emploi

Répondre à la demande en logements sociaux renvoie à l’enjeu de l’emploi dans ces zones sous tension. « Si nous participons au financement des logements de Domofrance via ce qui était autrefois le 1 % logement, c’est aussi par intérêt pour nos collaborateurs. Aujourd’hui, nos entreprises adhérentes sont confrontées à des difficultés de recrutement et à des difficultés de logement pour nos jeunes embauchés » souligne Franck Allard, président du Medef Gironde.

« Il nous faut lier sur la métropole bordelaise emploi et logement, et il nous faut trouver, dans d’autres zones détendues où s’installent des entreprises, des logements à proximité afin de faciliter les mobilités dans une logique environnementale. » Sur le littoral, la problématique existe mais s’accentue quand il s’agit des emplois saisonniers. « Nous avons ainsi travaillé avec Domofrance sur des solutions à Anglet et Biarritz de mixité de logements : des logements sociaux réservés aux étudiants, le temps scolaire et aux saisonniers pendant la saison touristique », ajoute Philippe Neys, président du Medef Nouvelle-Aquitaine. « Nous avons aussi affaire à des situations de niches sur des zones détendues comme à Casteljaloux (47), où l’arrivée de Center Parc nécessite de trouver des solutions pour loger les salariés. »

Néanmoins, nous sommes inquiets quant à notre capacité à pouvoir satisfaire le niveau de production ambitionné.

3 Maintenir production et rénovation

L’ambition de construction de Domofrance se répartit à 50 % sur la Gironde et à 50 % sur les cinq autres départements de l’ex-Aquitaine et la Charente-Maritime, avec une avancée sur la Corrèze. « Nous investissons plus de 210 millions d’euros sur nos territoires chaque année (85 % de notre chiffre d’affaires). Néanmoins, nous sommes inquiets quant à notre capacité à pouvoir satisfaire le niveau de production ambitionné au regard de l’allongement des délais de construction, le coût des matières premières, le coût de l’énergie, le coût des nouvelles normes environnementales. Actuellement nos appels d’offres restent infructueux : les devis qu’on nous soumet ont augmenté de 20 %. De plus, la moindre inflation des taux d’endettement a des conséquences lourdes pour nous… », précise Francis Stéphan.

Domofrance consacre 25 % de ses investissements à la rénovation et la réhabilitation des logements. Ce sera le cas notamment dans ses quartiers d’intervention historiques sur la métropole bordelaise (Cenon, les Aubiers, Bassens, Pessac Saige, etc.) : 800 millions sur dix ans pour 7 000 logements. Nous adapterons également 8 500 logements pour les seniors à raison de 500 par an et en créerons 200 pour les jeunes par an.