Dans le port roumain de Constanta, base arrière des cargos de la mer Noire

Port de Constanta, en Roumanie, l'un des plus importants de la Mer Noire où transitent plus de 75 millions de tonnes de marchandise chaque année. Constanta, Roumanie, le 9 mars 2022. Port de Constanta, en Roumanie, l'un des plus importants de la Mer Noire où transitent plus de 75 millions de tonnes de marchandise chaque année. Constanta, Roumanie, le 9 mars 2022.

Le capitaine du Tanya, un porte-conteneurs de la compagnie française CMA CGM, ne s’attendait pas à prolonger de deux jours son escale dans le port roumain de Constanta, sur la mer Noire. Mais l’officier n’a guère eu le choix. Le navire, arrivé le 22 février, devait décharger une partie de sa cargaison et reprendre son cap, le 24 février, vers la ville ukrainienne d’Odessa.

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A l’aube, la guerre a éclaté. « Il était impensable de laisser le bateau s’aventurer davantage en mer Noire. Les marchandises à destination d’Odessa ont été déposées sur les quais de Constanta pour être ensuite acheminées par la route ou par le train », relate un porte-parole de CMA CGM. Le 26 février, le Tanya est reparti pour le Pirée, en Grèce. Il n’est pas le seul bâtiment à avoir renoncé à rejoindre Odessa, l’une des cibles des bombardements russes, à 300 kilomètres de là. Depuis le début du conflit, d’autres cargos ont aussi décidé de confier leur fret ukrainien aux dockers de Constanta.

Alors que le soleil brillait le matin, une tempête de neige a pris de court les manutentionnaires du port roumain, ce mercredi 9 mars après-midi. Les navires à quai et les imposantes piles de conteneurs disparaissent sous les flocons. « Constanta ne pourra pas récupérer tous les chargements prévus pour l’Ukraine mais nous voyons l’activité des terminaux augmenter petit à petit, jour après jour », décrit Adrian Mihalcioiu, président du syndicat des marins roumains et inspecteur à l’ITF (Fédération internationale des ouvriers du transport). Pour le moment, en tout cas, la logistique tient bon.

Port de Constanta (Roumanie), le 9 mars 2022. Port de Constanta (Roumanie), le 9 mars 2022.

Immenses silos

L’ancien homme d’équipage est fier de nous faire découvrir son port, le plus grand de la mer Noire. Avant l’effondrement de l’URSS en 1991, 27 000 personnes géraient 120 millions de tonnes de marchandises. Aujourd’hui, on n’en compte plus que 10 000 pour 67 millions de tonnes de fret. « Constanta accueille beaucoup de vraquiers qui transportent surtout des céréales. Le blé et le maïs sont transbordés dans des barges qui peuvent gagner Rotterdam par les rivières et les canaux. » Sous la neige, on aperçoit d’immenses silos, en effet. La construction du canal Danube-mer Noire, un ouvrage colossal qui a coûté la vie à des centaines de déportés politiques, opposants au régime communiste de Ceausescu, a permis de fluidifier les acheminements.

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Difficile de connaître précisément la surcharge qui incombe au port roumain. Le site Romania Insider, plutôt bien informé, évoque entre 6 000 et 7 000 conteneurs supplémentaires par jour. Interrogé par le journal économique Ziarul Financiar, le directeur de l’administration maritime, Florin Goidea, ne confirme pas ces chiffres mais précise « que des porte-conteneurs et des vraquiers à destination de l’Ukraine et de la Moldavie ont demandé à pouvoir décharger dans les ports roumains », à Constanta en priorité.

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