Croisières fluviales à Bordeaux : « les trucs pépères sur l’eau, ça nous ressemble »

Sur le bateau, le temps s’écoule différemment. Il glisse, s’étire, ralentit, sur le tempo de la musique un peu sirupeuse qui meuble le fond sonore tout au long de la journée. Dès qu’ils ont mis un pied sur le pont, les passagers sont plongés dans le rythme de la croisière. « Vous êtes ici pour oublier pendant quelques jours la guerre en Ukraine et tous vos problèmes », leur lance l’animateur pour les accueillir. Bienvenue à bord du « Cyrano de Bergerac ».

Construit en 2013, ce bateau tout plat conçu pour…

Sur le bateau, le temps s’écoule différemment. Il glisse, s’étire, ralentit, sur le tempo de la musique un peu sirupeuse qui meuble le fond sonore tout au long de la journée. Dès qu’ils ont mis un pied sur le pont, les passagers sont plongés dans le rythme de la croisière. « Vous êtes ici pour oublier pendant quelques jours la guerre en Ukraine et tous vos problèmes », leur lance l’animateur pour les accueillir. Bienvenue à bord du « Cyrano de Bergerac ».

Construit en 2013, ce bateau tout plat conçu pour la navigation fluviale appartient à la flotte de 55 navires de CroisiEurope. Ce groupe français, basé en Alsace et leader européen de la croisière fluviale, a été le premier à proposer des voyages sur l’estuaire de la Gironde, entre Garonne et Dordogne, au départ de Bordeaux.

Vue sur Bordeaux et les Chartrons depuis le pont solarium.

Vue sur Bordeaux et les Chartrons depuis le pont solarium.

Fabien Cottereau/« SUD OUEST »

Reprise progressive

Pour cette première croisière de la saison, qui reprend après deux années perturbées par la crise sanitaire, le bateau ne fait pas tout à fait le plein. Les inquiétudes persistent sur une reprise de l’épidémie de Covid et le conflit en Ukraine a fait chuter les réservations dans ses premières semaines. 110 personnes occupent une partie des 87 cabines du navire, pour une capacité maximum de 170 passagers. On ne se bouscule pas pour accéder au restaurant. La clientèle est majoritairement française, excepté un couple d’Américains, un couple d’Anglais et quelques Suisses.

Le circuit proposé emmène les passagers à la découverte des vignobles du Médoc et de Saint-Émilion en passant par Blaye et sa citadelle. Les distances entre chaque escale sont courtes et les temps de navigation assez réduits. Chaque jour, le programme suit le même déroulé. Une matinée libre à terre ou sur le bateau et une excursion l’après-midi déclinée en « classique » ou « dynamique », ce qui signifie en bus ou à pied, selon l’âge et les capacités physiques des participants.

La formule convient parfaitement à Pascale et Louis, un couple de sexagénaires venu de Rillieux-la-Pape dans la région lyonnaise. « C’est bien d’avoir la chambre qui nous suit. C’est reposant, lance monsieur. Les trucs pépères sur l’eau, ça nous ressemble. » « On a beaucoup voyagé lorsqu’on était plus jeunes, poursuit madame. Des croisières dans les Caraïbes ou sur le Nil. On est allés à Cuba, au Sénégal… Quand on vieillit, on fait des choses différentes. »

Souvenirs de jeunesse

Jacqueline et Joëlle, en pleine partie de Scrabble.

Jacqueline et Joëlle, en pleine partie de Scrabble.

Fabien Cottereau/« SUD OUEST »

Comme Pascale et Louis, ils sont nombreux à bord, à se souvenir avec nostalgie de leurs périples de jeunesse. À vue de nez, la moyenne d’âge tourne autour de 75 ans. « Souvent, on vient en croisière quand on ne peut plus voyager seul », appuie Axel AraszKiewicz, chargé des relations extérieures chez Croisieurope. C’est le cas de Jacqueline et Joëlle, deux belles-sœurs de 83 ans. Ce matin, pour leur dernière journée à bord, elles se sont installées dans le salon-bar, devant un Scrabble, un moment de calme avant la visite de Bordeaux dans l’après-midi. « Nous sommes venus avec le club Loisirs et découverte de Joëlle », précise Jacqueline. « Nous faisons au moins un voyage chaque année, poursuit sa belle-sœur. Mais depuis le Covid, nous privilégions la France. Nous avons dû annuler trois fois le Monténégro ! » « 27 points », annonce Jacqueline, qui ne lâche pas sa partie de Scrabble, en posant « GALERE ». « Tu peux faire mieux, lui souffle Pierre, un autre membre du club, penché sur son épaule. « GALERIE », comme ça, tu utilises toutes tes lettres… »

À l’étage du dessus, sur le pont supérieur, c’est l’heure du cours de Macarena sous le soleil. Une quinzaine de passagers sont rassemblés autour de l’animateur. Il lance la musique, pas trop fort tout de même, pour ne pas déranger ceux qui ont choisi l’option sieste dans un transat. Mains devant, sur la tête, sur les épaules, sur les hanches… ça suit à peu près le rythme jusqu’au petit saut final pour tourner. « On reprend dans l’autre sens. Attention, c’est plus dur vers la gauche. »