Crise aux urgences : le gouvernement annonce de « premières mesures » avant l’été

Lise, Bérangère et Cécile, toutes trois infirmières, lors de la manifestation des soignants pour des hausses de salaires et d’effectifs, à Bordeaux, le 7 juin 2022. Lise, Bérangère et Cécile, toutes trois infirmières, lors de la manifestation des soignants pour des hausses de salaires et d’effectifs, à Bordeaux, le 7 juin 2022.

Face aux urgentistes réunis en congrès à Paris, la nouvelle ministre de la santé était particulièrement attendue, alors que les services des urgences sont en première ligne dans la crise que traverse l’hôpital depuis plusieurs semaines. Heures supplémentaires payées double, élèves infirmiers « immédiatement » employables à la sortie d’école : Brigitte Bourguignon a annoncé mercredi 8 juin de « premières mesures » afin de surmonter un « été difficile » à l’hôpital, sans attendre les conclusions de la « mission flash » sur les urgences lancée par le président de la République, quelques jours plus tôt.

« L’été sera difficile » et il faudra « trouver des solutions pour que les Français ne soient pas privés de soins », a déclaré Mme Bourguignon, qui a reconnu un « risque de rupture d’accès aux soins réel ». Cent vingt services d’urgences sont déjà contraints de fonctionner en mode dégradé, en réduisant leurs effectifs ou en fermant la nuit ou le week-end, selon un décompte réalisé au 20 mai par l’association SAMU-Urgences de France.

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« Le gouvernement prend ses responsabilités face à la crise », a affirmé la ministre. L’exécutif a « décidé de réactiver le doublement de la rémunération des heures supplémentaires du personnel non médical, et du temps de travail additionnel des médecins, pour l’ensemble de la période estivale ». Ce dispositif a été mis en place pendant la crise du Covid-19, durant laquelle les ressources humaines étaient déjà l’un des points critiques pour le maintien de l’offre de soins.

La ministre a aussi annoncé « un dispositif exceptionnel » pour que « les élèves infirmiers et aides-soignants ayant achevé leur formation initiale en juin et juillet [puissent] commencer à exercer immédiatement, sans attendre la remise officielle de leur diplôme ».

Une mesure qui devrait néanmoins avoir un impact limité sur les effectifs, à entendre les étudiants : il s’agit, pour les élèves infirmiers, « d’une à deux semaines entre la sortie d’école et le diplôme », selon Mathilde Padilla, présidente de la Fédération nationale des étudiants en sciences infirmières. « Cela reposera sur le volontariat, et il faudra toujours être encadré par une infirmière », ajoute la représentante.

Les soignants retraités « volontaires pour reprendre une activité » cet été bénéficieront pour leur part de « facilités de cumul [avec] leur pension de retraite », a aussi annoncé Brigitte Bourguignon. Les agences régionales de santé ont par ailleurs été sommées de « remobiliser les dispositifs territoriaux de gestion de crise » pour coordonner hôpitaux publics, cliniques privées et professionnels libéraux.

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Une réponse « en trois temps »

« Il y a eu quelques annonces, c’est positif, réagit Philippe Revel, chef du pôle urgences adultes SAMU-SMUR du CHU de Bordeaux. Il faut garder un état d’esprit positif, sinon on n’y arrivera pas cet été. » Les urgences du CHU Pellegrin font partie des services touchés de plein fouet par la crise, avec une fermeture décidée la nuit depuis le 18 mai, les patients étant appelés à passer par le 15 de manière systématique avant de se déplacer.

Pour le responsable de la CGT-Santé Christophe Prudhomme, qui appelait la veille à une mobilisation avec huit autres organisations syndicales et collectifs soignants, la réponse gouvernementale est néanmoins loin d’être à la hauteur. « On réactive les mêmes mesures que celles proposées pour passer les vagues Covid, mais ce ne sont pas des solutions, juge-t-il. Les soignants ont besoin de souffler cet été, on leur dit déjà de ne pas prendre plus de deux semaines de congé, et là, on leur propose des mesures pour travailler plus, ce n’est pas sérieux, beaucoup n’acceptent déjà plus de faire des heures supplémentaires… »

Ces « premières mesures seront bientôt complétées par les propositions de la mission Braun », a ajouté Brigitte Bourguignon. Emmanuel Macron a chargé le médecin François Braun, président de SAMU-Urgences de France et référent santé du candidat La République en marche lors de la campagne, d’une « mission flash » sur les urgences et les soins non programmés, dont les résultats sont attendus d’ici au 1er juillet. La réponse à la crise sera rythmée « en trois temps », a rappelé la ministre, le troisième temps correspondant à la grande conférence « avec les parties prenantes » sur la santé, attendue pour cet été. « Nous parlerons de tout, sans totem, ni tabou », a soutenu Brigitte Bourguignon, assurant qu’une « attention particulière » sera portée à la reconnaissance de la pénibilité du travail de nuit.

Si la nécessité de revaloriser ce que l’on appelle « permanence de soins » (soir, nuit, week-end) emporte une large adhésion dans les rangs des soignants, d’autres mesures provoquent d’ores et déjà un vif débat dans la communauté médicale, comme la mise en place d’une régulation systématique par le SAMU pour accéder aux urgences, ou encore le déploiement d’équipes d’infirmiers pour pallier le manque d’urgentistes dans certaines situations.

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