Cours du nickel : « Un coup de chaud qui restera dans les annales du London Metal Exchange »

A la Bourse des métaux de Londres (London Metal Exchange) de Londres; le 8 mars 2022.

C’est un anneau fait de banquettes de cuir rouge – on l’appelle le « ring » – qui peut rendre fou, faire ou défaire des fortunes en quelques minutes. Assis là, une dizaine de courtiers autorisés s’échangent par round de cinq minutes des tonnes de cuivre, d’étain, de plomb, de zinc, d’aluminium ou de nickel. Le London Metal Exchange est le dernier marché financier physique d’Europe, un anachronisme à l’heure des algorithmes.

Il est aussi l’un des rares à disposer d’un réseau mondial de stocks physiques. Habitué des coups de chaud, il en a vu passer des drames, mais celui de ce mardi 8 mars restera dans les annales. En deux séances, le cours du nickel a explosé de 250 %, avant que les organisateurs ne décrètent la fermeture du marché, le temps que les esprits se calment.

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Cette fois, ce n’est pas la guerre en Ukraine qui joue le premier rôle, mais une spéculation hasardeuse. Un investisseur chinois a vendu des contrats avec paiement différé, ce que l’on appelle de « la vente à découvert » : je vends au prix d’aujourd’hui et je paierai plus tard, au prix de demain, car je pense qu’il sera plus bas. Un pari sur la baisse des cours qui permet notamment de se couvrir contre la fluctuation des cours. Mais Xiang Guangda a cette fois eu la main lourde et l’esprit embrumé.

Spécialiste des gros coups

Dans le milieu des matières premières, on l’appelle « Big shot », le spécialiste des gros coups. L’entreprise qu’il a fondée en 1992 à Wenzhou, dans le sud de la Chine, est devenue le numéro un mondial de l’acier inoxydable et l’un des plus gros acteurs du nickel, additif de base de cet acier. A la fin de l’année 2021, alors que les cours étaient déjà très hauts, il a constitué des positions pour se couvrir, et parce qu’il anticipait une baisse des cours.

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Les sanctions occidentales à la suite de l’invasion de l’Ukraine ont douché ses espoirs en touchant de plein fouet le numéro un mondial du nickel, le russe Norilsk, ce qui a fait s’envoler les cours. Face au désastre, intermédiaires et courtiers ont tenté de vendre leurs contrats, provoquant en retour l’explosion des prix. L’infortuné milliardaire pourrait perdre 2 milliards de dollars (1,83 milliard d’euros) dans l’affaire.

Les spéculations hasardeuses et autres scandales émaillent l’histoire du capitalisme depuis ses origines. Surtout dans les périodes comme celles d’aujourd’hui, où le monde devient soudain volatil, incertain, complexe et ambigu. Un environnement que les militaires américains ont baptisé de l’acronyme « VUCA » (« Volatility, uncertainty, complexity and ambiguity »). Xiang Guangda n’a, quand même, pas trop de souci à se faire, car il est aussi l’un des premiers bénéficiaires de la hausse des cours d’un métal dont l’usage devrait se multiplier avec le développement des batteries électriques. Il n’y a pas de morale dans les affaires, juste des opportunités.