Contrats de travail et clauses discriminatoires, Miss France devant le conseil des prud’hommes

Cérémonie de l’élection de Miss France 2022, à Caen, le 11 décembre 2021. Cérémonie de l’élection de Miss France 2022, à Caen, le 11 décembre 2021.

La sobriété de la salle d’audience tranche franchement avec le faste et les paillettes afférant au concours de Miss France. C’est dans ce cadre que le conseil de prud’hommes (CPH) de Bobigny a entendu, mardi 21 juin, une affaire opposant l’association Osez le féminisme ! aux sociétés Endemol productions et Miss France.

L’organisation militante avait déposé, à la mi-octobre, un recours devant le CPH, dénonçant une « parfaite violation du droit du travail » à l’encontre de femmes « exploitées, qui répètent et interprètent un spectacle sexiste, discriminant et lucratif », selon les mots du communiqué de presse de l’association. Osez le féminisme ! réclamait ainsi l’établissement de contrats de travail dès les premières étapes de la sélection, au niveau local, ainsi que la suppression de tous les critères discriminants du formulaire d’inscription au concours centenaire.

Trois personnes physiques – trois jeunes femmes qui n’étaient pas présentes à l’audience et requièrent l’anonymat après des menaces sur les réseaux sociaux – se sont jointes à l’action, estimant avoir subi un préjudice lorsqu’elles n’ont pas pu s’inscrire au concours, au printemps 2021, car elles ne remplissaient pas l’ensemble des critères, jugés illégaux.

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« Cas d’école » du non-respect du code du travail

« Mesurer au moins 1,70 m sans talons, ne pas être – ni avoir été – mariée ou pacsée, ne pas avoir d’enfant, ne pas fumer ou boire de l’alcool en public, ne pas présenter un comportement contraire aux bonnes mœurs », énumère l’avocate de l’association militante, Violaine de Filippis-Abate, face à un public rendu nerveux par les trois heures d’audiences précédentes et un jury impassible. Le formulaire d’inscription au concours est « un cas d’école » du non-respect du code du travail français, tempête l’avocate, pour qui ces papiers d’inscription s’apparentent à une offre d’emploi dans le but d’occuper in fine le poste de Miss France – encadré par un contrat d’un an, rémunéré.

Les demanderesses ont souhaité concourir à Miss France, en 2021, séduites par les promesses d’un concours féministe et progressiste, consacré à la cause des femmes, expliquait avant l’audience la porte-parole d’Osez le féminisme !, Alyssa Ahrabare. Mais « elles ont été confrontées à un rôle de femme qui n’existerait pas au-delà de son apparence, qui n’a pas d’opinion ». A la barre, MFilippis-Abate explique la démarche de l’une d’entre elles qui « voulait représenter toutes les femmes » et qui a estimé, à la lecture du formulaire, que « la grandeur d’une Miss sembl[ait] se mesurer à ses centimètres, et non à sa personnalité ». Et d’ajouter :

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