Cognac : en classe avec les demandeurs d’asile venus apprendre le français à l’Aserc

« Basés sur le volontariat, ces cours favorisent l’intégration. On voit des situations de la vie quotidienne comme prendre le bus ou faire les courses », explique Isabelle Mazeron, coordinatrice du dispositif. Tous ne sont pas logés à la même enseigne pour surmonter la barrière de la langue. Les obstacles dans cet apprentissage sont nombreux… Ne serait-ce que celui de l’alphabet latin, lorsque l’on utilise à l’origine le cyrillique, l’arabe ou encore le géorgien. La tâche peut sembler colossale pour ces élèves étrangers. Ainsi que pour leur professeur avec lequel ils ne disposent d’aucune langue de biais pour se comprendre.

Le jeune Afghan ne sait ni lire ni écrire. Un pendentif avec son drapeau d’origine autour du cou, il retient tout dans sa tête

Imagier du Père Castor

Comme tous les jeudis soir, les élèves de Danielle Jourzac arrivent au compte-gouttes. Leur salle de classe ? L’espace de pause du centre social des Borderies dans le quartier de Crouin. On s’assoit où l’on peut entre les armoires et le coin cuisine. L’essentiel est en place : un tableau blanc au mur et Danielle Jourzac. Avant, elle était commerçante. Aujourd’hui, elle use de toutes les astuces pour faire parler ces huit élèves de tout âge et de toute origine, portant chacun une histoire différente et souvent difficile.

Usman semble avoir oublié son cahier. Pourtant, il connaît les mots. Un manque de sérieux ? Loin de là… En réalité, il ne sait ni lire ni écrire. Le jeune réfugié afghan, un pendentif avec son drapeau d’origine autour du cou, retient tout dans sa tête. Sa spécialité ? Les chiffres. On commence par la date du jour. Viennent ensuite les jours de la semaine. Le meilleur allié de Danielle Jourzac : l’« Imagier du Père Castor », ce livre enfantin qu’elle n’hésite pas à dégainer et à mettre entre les mains de ces grands gaillards.

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« Nouveaux camarades »

Abdelkarim reconnaît le dessin d’une grappe et s’écrit : « Raisin ! » Sa camarade Déca, plus âgée, répète de manière plus approximative, stylo en main. Tous deux sont somaliens. « Déca ne sait pas lire non plus donc elle devine et elle griffonne… » Arrivent les saisons, on parle de son pays. Et dans l’exercice de la conversation, Déca parvient à se faire comprendre, décrivant sa région d’origine. Certes, la route est longue jusqu’au bilinguisme mais pas autant que celle qu’ils ont dû parcourir pour fuir leur pays… « Ils sont bien courageux quand même », insiste la coordinatrice. L’heure de français touche à sa fin, les élèves en sortent « rincés ». D’ici quelques semaines, ils devraient accueillir de « nouveaux camarades », fuyant également les bombes : Danielle Jourzac devrait ouvrir sa classe à des Ukrainiens.