Climat : dix ans après un essai à Lacq, le stockage du CO2 refait surface

Le CO2, ou dioxyde de carbone, est le principal des gaz à effet de serre émis par les activités humaines. Le capter avant qu’il ne s’échappe irrémédiablement dans l’atmosphère serait incontournable pour lutter contre le réchauffement climatique. Même si elle est rejetée par une frange des militants du climat, la solution fait consensus dans la communauté scientifique. Elle puise son crédit dans le nouveau rapport d’évaluation du Giec, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, qui en a publié le troisième et dernier volet le 4 avril. « Le captage et le stockage du CO2 apparaissent dans tous les scénarios de réduction des émissions de gaz à effet de serre. On sait qu’on ne peut plus s’en priver », appuie Florence Delprat-Jannaud, qui coordonne le programme CO2 de l’Ifpen (Institut français du pétrole – énergies nouvelles).

51 000 tonnes à La Chapelle-de-Rousse

De quoi s’agit-il ? De répéter à l’échelle planétaire l’opération pilote menée entre 2010 et 2013 entre Lacq et Jurançon, dans le Béarn. Il y a dix ans, Total (maintenant TotalEnergies) a transformé une chaudière de son site gazier pour concentrer les fumées et le CO2 qui y est contenu. L’industriel a ainsi pu capturer le gaz, le transporter au long de 27 kilomètres de canalisations et l’injecter à 4 500 mètres de profondeur, dans une roche poreuse séparée de la surface par des couches géologiques étanches, au droit du lieu-dit La Chapelle-de-Rousse. 51 000 tonnes de CO2 ont suivi ce parcours, en sens inverse du chemin emprunté par le gaz naturel autrefois exploité par Elf Aquitaine/Total.

« Nous avons démontré l’efficience de cette technologie, du captage au stockage »

« À Lacq, nous avons démontré l’efficience de cette technologie sur l’ensemble de la chaîne, du captage au stockage. Nous avons aussi testé son acceptabilité sociale. Comme tout projet industriel, elle n’est pas évidente », euphémise Bruno Seilhan, le directeur CCUS de TotalEnergies. L’homme connaît le contexte local. Il est originaire de Bayonne, à 80 kilomètres de Lacq. À l’époque, une partie de la population s’était émue des possibles dangers du transit du CO2, un gaz potentiellement mortel. Avant le début de l’opération, le conseil municipal de Jurançon avait émis de « fortes réserves ». Une association de riverains, Coteaux de Jurançon Environnement, avait combattu le projet au côté d’associations environnementales, comme la Sepanso et France nature environnement.

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ArcelorMittal démarre à Dunkerque

Dix ans ont passé et les émissions de gaz à effet de serre mondiales n’ont pas été réduites, bien au contraire. Les sites de captage et de stockage souterrain du CO2 ne se sont pas multipliés pour autant. Le procédé est bien connu aux États-Unis où l’industrie pétrolière y recourt à des fins qui n’ont rien à voir avec la préservation du climat : récupérer des reliquats de brut dans des gisements en fin d’exploitation en y injectant du gaz comprimé. En Europe, il est resté à quai, faute de soutien politique et de rentabilité économique. « TotalEnergies a vingt-cinq ans d’expérience en ce domaine sur les champs d’hydrocarbures norvégiens de Sleipner et de Snohvit. Ce sont, à ce jour, les deux seuls sites industriels européens sur lesquels on fait du captage et du stockage de CO2 », confirme Bruno Seilhan.

« On passera à l’échelle industrielle en 2025 »

Le vent est en train de tourner. Avant l’été, l’énorme aciérie ArcelorMittal de Dunkerque (Nord) commencera à capter une partie du dioxyde de carbone libéré par ses cheminées, grâce à une technique élaborée par un consortium qui comprend l’Ifpen et TotalEnergies.

Mis au point par l’Ifpen, un solvant de nouvelle génération pourra séparer le CO2 et le retenir pour qu’il soit séquestré. L’installation doit capter plus de 4 000 tonnes de CO2 par an. Si elle remplit son office, on passera à l’échelle industrielle en 2025, avec une unité qui retiendra plus d’un million de tonnes par an.

10 % du chemin à accomplir

Le terminal maritime du projet Northern Lights, en construction sur la côte norvégienne. Il permettra de recevoir des navires chargés de CO2 liquéfié. Ce CO2 sera ensuite acheminé par pipe jusqu’à un réservoir géologique de la mer du Nord où il sera injecté.

Le terminal maritime du projet Northern Lights, en construction sur la côte norvégienne. Il permettra de recevoir des navires chargés de CO2 liquéfié. Ce CO2 sera ensuite acheminé par pipe jusqu’à un réservoir géologique de la mer du Nord où il sera injecté.

TotalEnergies

« En théorie, ce procédé peut être adapté sur n’importe quel site industriel existant. Il y a une quinzaine d’années, on pensait que le CCS allait être prioritairement dirigé vers la décarbonation de la production d’électricité par les centrales thermiques. Aujourd’hui, on vise plutôt l’industrie lourde, par exemple les cimenteries et les aciéries dont nous aurons toujours besoin dans les décennies à venir », souligne Florence Delprat-Jannaud. « Le CCS n’est pas LA solution. C’est une solution parmi d’autres, et nous aurons besoin d’appuyer sur toutes les touches de la palette pour atteindre nos objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Selon l’Agence internationale de l’énergie, le captage et le stockage du CO2 pourraient représenter 10 % environ du chemin vers la neutralité carbone », renchérit Bruno Seilhan. La route sera longue.