Charente-Maritime : obligés d’abattre deux fois leur cheptel, ils veulent retrouver leurs poulettes

Cette décision serait peut-être moins douloureuse pour l’exploitant si l’élevage n’avait pas déjà connu un abattage total un an et demi plus tôt, en décembre 2020. Retour à la case départ. Là encore, la faute à la salmonelle, cette bactérie présente dans l’environnement qui vient contaminer le plus souvent les élevages de poules en plein air. C’est pourtant là-dessus que Philippe Petit, le père, a parié en 1992 lorsqu’il a repris l’entreprise familiale. Le grand-père, Roger, n’avait pas du tout la même vision de la production. Créée en 1961, l’EARL L’Œuf de Marans est alors un site industriel, avec près de 50 000 poules pondeuses en batterie. Philippe Petit se tourne alors vers la race star du territoire, la poule de Marans connue pour ses œufs bruns, vend tout le cheptel industriel, ouvre les bâtiments, offre la liberté à ses gallinacées, et commence par 650 volailles. En 2016, quand le fils Nicolas Petit reprend à son tour la ferme familiale, le site abrite 15 000 têtes dont 9 000 poules de Marans et 6 000 poules rousses de plein air.

Une ascension stoppée net

Jusqu’ici, l’histoire est belle. Les clients ne manquent pas. On commence même à se diversifier et à proposer des poulets fermiers. Le patron des supermarchés Leclerc de Lagord et Sautel, à La Rochelle, est l’un des premiers à faire confiance à la famille Petit. Stéphanie, la femme de Nicolas, y travaille à mi-temps comme hôtesse de caisse, en plus d’être salariée à la ferme. D’autres grandes surfaces passent contrat, ils ont un stand au marché de La Rochelle, une place dans les magasins de producteurs, les restaurants apprécient leur savoir-faire. Mais depuis un mois, la boîte d’œufs frais décorée de la poule noire a disparu des rayons.

Les œufs de la poule de Marans sont connus pour leur couleur brune caractéristique.

Les œufs de la poule de Marans sont connus pour leur couleur brune caractéristique.

Photo Philippe Petit

Nicolas Petit a signé une charte sanitaire avec l’État, qui l’oblige à réaliser des tests réguliers mais l’assure d’une indemnisation en cas de contamination. « Toutes les 15 semaines, je fais des autotests en passant des chiffonnettes sur les murs et le sol des bâtiments qui sont ensuite envoyés dans un laboratoire agréé », explique-t-il. Fin 2020, l’un d’eux revient positif, c’est la première fois. « 15 000 poules, 6 000 poulets et 200 chapons sont abattus, tous les œufs partis en casserie. Juste avant les fêtes, c’est dur », détaille Philippe Petit.

Une bactérie très résistante

Avant 2018, cette charte était moins sévère. En cas de tests positifs à la salmonelle, les services de la Direction départementale de protection des populations (DDPP) venaient réaliser des prélèvements sur place. Si l’analyse revenait cette fois-ci négative, le cheptel n’était pas tué. Après 2018, « le contrôle positif réalisé par l’éleveur suffit à déclencher l’abattage, confirme Catherine Nicollet, cheffe du service Santé et protection des animaux de la DDPP. La salmonelle est une bactérie qui se trouve dans l’environnement, l’alimentation, les silos, la paille… Elle entraîne des toxi-infections alimentaires collectives (TIAC). Elle est très résistante. » Pour y parer, les mesures de « bio-sécurité » sont reines. « Deux fois coup sur coup, ce n’est vraiment pas de chance pour les Petit qui sont des exploitants très professionnels, commente Catherine Nicollet. Après la première contamination, ils ont même renforcé leur protocole sanitaire. Mais voilà, on travaille avec du vivant… »