Charente-Maritime : les crèches associatives dans la tourmente de la logique comptable

Logique comptable

Que s’est-il passé pour que les crèches associatives soient au bord de la rupture mentale ? La logique comptable et technocratique a mis un pied dans l’accueil de la petite enfance, comme partout ailleurs. À force d’encaisser, l’Association des collectifs enfants parents professionnels (Acepp) a fini par alerter les pouvoirs publics au plan national. En Charente-Maritime, l’Acepp 17, qui regroupe la moitié des crèches associatives du département, dit elle aussi son ras-le-bol. Et pourtant, son rôle social pèse avec un taux d’occupation de 100 %.

Janvier 2022 – le réseau Acepp au bord de la rupture !
Les lieux d’accueil du réseau (crèches, LAEP, relais petite…

Posted by Acepp on Monday, February 7, 2022

Les structures se sentent broyées par la paperasse, les protocoles, les nouvelles règles pour absorber le surnombre, analyser la pratique ou accueillir des enfants malades. Mais le plus difficile à appliquer, c’est le nouveau référentiel d’accompagnement de la Caisse d’allocations familiales (CAF).

« C’est lui qui donne les critères de subventions des crèches. Avant, la dotation allait avec le nombre d’enfants et d’heures de garde. Maintenant, la CAF finance toujours au nombre d’enfants, mais aussi au niveau de service, selon par exemple qu’on fournit des couches, des repas ou pas. L’intention est louable : il s’agit de facturer les parents au plus près de ce qu’ils consomment », explique Nina Le Goaziou, coordinatrice à l’Acepp 17.

Les structures associatives adhérentes à l’Acepp 17 sont soumises aux mêmes autorisations et aux mêmes normes que les crèches publiques.

Les structures associatives adhérentes à l’Acepp 17 sont soumises aux mêmes autorisations et aux mêmes normes que les crèches publiques.

Xavier Léoty/ « Sud Ouest »

Mais… les crèches associatives (1) éprouvent des difficultés à atteindre l’objectif. « Le taux de facturation nous stresse. On doit arriver pile-poil au vrai nombre d’heures facturées, c’est un vrai casse-tête », témoigne Céline Lancereaux, par ailleurs coprésidente de l’Acepp 17. Et le Covid-19 n’a rien arrangé. « Les emplois du temps familiaux ont été chamboulés, on réajustait sans cesse en changeant nos plannings. »

Résultat : certaines crèches ont perdu des subventions, jusqu’à 15 000 euros, l’équivalent annuel d’un poste au Smic. « Quand le chiffre tombe dans la moulinette informatique de la CAF, c’est pour l’année », déplore la directrice de L’Îlot mômes. Et les relations peuvent se tendre avec les collectivités locales qui financent aussi.

Sentiment d’incompétence

Les directrices, qui avaient déjà changé de métier, se sentent incompétentes. « Elles vivent très mal ce couperet qui porte sur leur savoir comptable, pas sur leur diplôme d’éducatrice jeunes enfants (EJE). C’est vécu comme une sanction », poursuit Nina Le Goaziou.

« Avant, nos tutelles venaient pour accompagner. On ne les voit plus, sauf pour les contrôles »

Pourquoi, alors, ne pas recruter des directrices d‘un autre profil ? La Protection maternelle et infantile (PMI) du Département exige des EJE à ce poste. Et embaucher une assistante de gestion ? Ce serait un poste en moins auprès des enfants.

Dans les crèches associatives, les parents ont leur place dans la gestion de l’association.

Dans les crèches associatives, les parents ont leur place dans la gestion de l’association.

Xavier Léoty/ « Sud Ouest »

Les directrices sont de moins en moins aidées dans ces tâches administratives. « Elles sont toutes seules. Nos partenaires sont de plus en plus absents. On n’a pas trop d’interlocuteurs, juste des mails. Avant, nos tutelles venaient pour accompagner. On ne les voit plus, sauf pour les contrôles. Heureusement, notre réseau d’Acepp 17, qui compte deux salariées, aide au maximum pour les papiers, on essaie de faire jouer la solidarité. »

Céline Lancereaux, directrice de crèche et coprésidente de l’Acepp 17, et Nina Le Goaziou, coordinatrice de l’Acepp 17.

Céline Lancereaux, directrice de crèche et coprésidente de l’Acepp 17, et Nina Le Goaziou, coordinatrice de l’Acepp 17.

Kharinne Charov

Les directrices prennent sur elles autant qu’elles le peuvent, pour ne pas faire rejaillir leur stress sur les structures et les enfants. Mais parfois, elles craquent et les recrutements se compliquent. Actuellement, quatre sont en arrêt maladie, c’est monté jusqu’à sept. « Le manque d’humain et la logique comptable les anéantissent. » Mais la coordinatrice de l’Acepp 17 comme la directrice de L’Îlot mômes croient en leur métier : « Malgré tout, de belles choses se passent dans nos structures, avec les parents et les enfants. »

(1) Les crèches publiques ont des services supports qui les délestent dans ces démarches.