Charente-Maritime : la terre, « un bien commun » pour Terre de liens

Alors qu’est exactement Terre de liens ? À sa création en 2003, « l’ambition, qui pouvait paraître un peu démesurée, enchaîne Geneviève Bernard, était d’installer en France 300 fermes à taille humaine et en production biologique. » Cette barre n’est pas encore atteinte mais l’association revendique 380 fermiers installés sur 7 000 hectares achetés par Terre de liens pour faciliter l’installation d’exploitations biologiques et en quelque sorte contrer les appétits dévorants de grosses exploitations.

Deux en Charente-Maritime

En Poitou-Charentes, 12 fermes sont nées grâce à Terre de liens sur un total de 260 hectares ; trois ont vu le jour en Charente ; deux en Charente-Maritime. L’une, à côté de Saintes, a connu une issue malheureuse puisque l’exploitant a dû cesser son activité. La seconde est plus heureuse avec les Brebis de la Houlette, à côté de Surgères.

La Cognaçaise Geneviève Bernard est présidente de Terre de liens France

La Cognaçaise Geneviève Bernard est présidente de Terre de liens France

Repro SO

Dans les deux cas, Terre de liens est et reste maître d’un foncier qu’elle met en fermage à quiconque aurait un projet agricole biologique, qu’il soit du monde agricole ou non. « Ce que nous constatons, c’est que les porteurs de projet qui viennent vers nous sont aux trois quarts hors-cadre familial. Ils sont devant des difficultés d’installation importante. »

Le fonctionnement de Terre de liens repose sur « un financement citoyen et solidaire ». Trois modes de contribution : l’adhésion classique à l’association ; l’achat d’actions à la SARL La Foncière (104 euros l’action) et enfin des dons ou legs à la fondation qui sont déductibles des impôts.

De l’argent, certes, mais aussi un engagement local puisque Terre de liens pose une condition : pour qu’un projet trouve son sens, « 60 % de l’argent collecté doit l’être localement », poursuit Geneviève Bernard. Le citoyen est un consommateur. « L’alimentation concerne tout le monde et les consommateurs doivent en être acteurs. »

« Une autre agriculture »

Les legs et dons de fermes sont rares – 16 tout de même sur la France – mais ils existent. L’un, recensé dans le bocage des Deux-Sèvres, à Mauléon, sera raconté samedi. L’histoire est celle de Jean-Marc Rousselot et Isabelle Sabiron, éleveurs de porcs bio. Paysans-charcutiers, ils ont fait don de 23 hectares dont ils avaient hérité. Un exemple qui vaut militantisme car « c’est un paysan qui a légué ses terres à Terre de liens et, qui plus est, paie un fermage », admire la présidente.

20 % de la surface agricole va changer de main d’ici à 2030. Une opportunité pour réorienter l’agriculture mais beaucoup d’acteurs l’ont repérée et ils ne vont pas tous dans le même sens. »

Au-delà de cet exemple et au vu des chiffres, l’action de Terre de liens pourrait paraître particulièrement modeste, voire vaine, mais l’association veut « être le support à une explication qu’une autre agriculture, une autre propriété de la terre est possible », soutient Geneviève Bernard.

L’association vient de publier « État des terres agricoles en France » et alerte sur ce qu’elle désigne par « le mal-foncier. » Sa présidente souligne que « d’ici à 2030, plus de cinq millions d’hectares vont changer de main ; c’est 20 % de la surface agricole. 100 000 agriculteurs vont partir à la retraite. » Une opportunité pour réorienter l’agriculture, considère l’association mais « beaucoup d’acteurs l’ont repérée et ils ne vont pas tous dans le même sens. »

Quant à la guerre en Ukraine et ses conséquences sur l’agriculture française, dépendante de céréales ou de produits phytosanitaires importés, elle est pour Geneviève Bernard, « la démonstration que le système agricole est défaillant. Mais face à l’urgence, on sent une tendance à vouloir renforcer une production intensive », craint la présidente.