Charente-Maritime : « J’ai dormi dans mon véhicule les portes ouvertes car mes pieds dépassaient »

« En novembre, j’ai passé quelques nuits difficiles car je dormais dans mon utilitaire avec mes deux chiens »

Et pourtant, il lui en coûte de demander de l’aide (1), ce n’est pas dans l’ADN du bonhomme, plutôt enclin à jeter un voile pudique sur sa situation. Il faut dire que ce grand gaillard de 53 ans est loin d’être un inconnu sur l’île, habitué à porter assistance. Et pour cause, il a été sapeur-pompier sur le secteur nord de l’île, durant 23 ans, et sauveteur en mer à la station SNSM rétaise pendant 11 ans.

Pas de logements sociaux

Il loge pour quelques jours encore dans une résidence de vacances de Rivedoux qui reprend la location touristique en avril. Son loyer mensuel ne peut excéder 800 euros, il y a donc urgence à trouver un logement à l’année comme celui qu’il occupait avant son accident de santé. « Mon propriétaire a vendu mon ancienne habitation et cela tout à fait légalement » explique-t-il.

Pas homme à incriminer qui que ce soit, il préfère se focaliser activement sur la recherche d’un toit, T1 ou T2. Il a déjà fait les démarches pour un logement social auprès de la Communauté de communes de l’île de Ré, sans succès à ce jour – beaucoup de candidats et pas assez de logements. Un appel envers les 3 500 à 4 000 loueurs privés déclarés sur l’île qui privilégient la location touristique (6 000 loueurs selon Lionel Quillet) au détriment de la location à l’année.

Les logements sociaux sur l’île

Pour une population permanente estimée à 17 655 habitants (source Insee), l’île de Ré dispose de 1 200 logements sociaux, nouveaux programmes inclus. 12 % de la population rétaise vit dans un logement social. 2 000 logements aidés sont inscrits dans le PLUi de l’île de Ré. Le seul bailleur social Habitat 17 totalise 621 demandes de logement en attente sur le territoire rétais.

Une limitation des locations saisonnières au moyen d’un règlement musclé comme au Pays basque est-elle envisageable ? Interrogé sur le sujet, le président de la CDC annonce qu’une commission menée par l’élue communautaire Peggy Luton planche actuellement sur le logement et sur la problématique des locations exponentielles type Airbnb. « La commission rend son rapport en juin, le débat sera alors sur la table », prévient Lionel Quillet.

Appel à l’aide

La routine quotidienne de Pascal inclut dorénavant l’usage d’un fauteuil roulant, cependant il arrive à marcher sur de courtes distances à l’aide d’une canne. Ce qu’il cherche ? Une maison ou un appartement en rez-de-chaussée, de préférence. « Je peux monter un étage mais pas plus, il faut cependant qu’il y ait une rampe des deux côtés de l’escalier car je ne peux utiliser que ma main droite », explique Pascal, prêt à faire des concessions, même si l’île concentre l’essentiel de sa vie sociale. « Je peux habiter la proche périphérie rochelaise mais pas plus loin, le carburant coûte très cher ». Son souhait : ne pas trop s’éloigner de sa future activité professionnelle. « Dès que je récupère mon marais d’Ars, je lance une entreprise participative pour repartir sur ma production ostréicole des cybelles, les huîtres des marais. Une technique que j’ai mise au point. J’ai créé en 2013 l’association des producteurs d’huîtres en marais de l’île de Ré qui repose sur un cahier des charges de 70 critères validés par l’Institut régional de la qualité. Par participative, j’entends dans le sens humain, en leur laissant une partie de la production. » Un projet à l’arrêt car pour enregistrer son entreprise, il lui faut une adresse.

Pascal Simaillaud près des marais de la Couarde-sur-Mer.

Pascal Simaillaud près des marais de la Couarde-sur-Mer.

Jocelyne Bargain

Depuis l’été dernier il enchaîne les hébergements provisoires. Le maire de Saint-Martin, Patrice Dechelette, l’a accueilli au camping municipal jusqu’à la date de fermeture de l’hôtellerie de plein air. « En novembre, j’ai passé quelques nuits difficiles car je dormais dans mon utilitaire avec mes deux chiens. J’étais obligé de dormir avec les portes ouvertes car mes pieds dépassaient. » Pas question de se laisser aller à a morosité. Flanelle, sa vieille compagne à quatre pattes, et Pépette, son york, tout comme Pascal ont besoin de stabilité et d’un toit au-dessus de leur tête.