Charente-Maritime : face au dérèglement climatique, le maraîcher bio recycle les méthodes d’antan

À première vue, rien de révolutionnaire mais sa technique s’avère ultra-performante. « J’en ai mis une bonne épaisseur. Ça permet de conserver un bon taux d’humidité…

À première vue, rien de révolutionnaire mais sa technique s’avère ultra-performante. « J’en ai mis une bonne épaisseur. Ça permet de conserver un bon taux d’humidité, de protéger ma plante et de nourrir mon sol. J’ai limité la montée en température du sol. Mes plants sont sains et n’ont pas pris de coup de chaud. J’ai un goutteur qui ne fonctionne que la nuit. Et là, ça fait douze jours que je ne l’ai pas lancé », résume l’agriculteur. Résultat : des aubergines en pleine forme, peu gourmandes en eau et qui supportent des épisodes de chaleurs anormales en cette saison. Et c’est la même chose pour les haricots verts et les tomates, plantée tardivement après les Saints de glace.

« J’ai un goutteur qui ne fonctionne que la nuit. Et là, ça fait douze jours que je ne l’ai pas lancé », souligne le maraîcher.

« J’ai un goutteur qui ne fonctionne que la nuit. Et là, ça fait douze jours que je ne l’ai pas lancé », souligne le maraîcher.

Jean-Christophe Sounalet / « Sud Ouest »

Prise de conscience

Noël Michaud est revenu sur l’exploitation familiale en 2009. Il y avait autrefois des vaches et des cochons. Aujourd’hui, le Moulin de la Pierre s’étend sur 62 hectares de cultures – dont une parcelle de plantes aromatiques – et produit des légumes de saison. En 2015, le fermier dont le père a disparu en 2013 des suites du « cancer des agriculteurs », selon ses termes, a fait basculer sa ferme dans le bio. « C’était fin août. J’étais prêt à mettre la semence du colza dans le semoir. La colère m’a pris. Je suis allé à la coopérative pour tout balancer et je suis revenu avec de la luzerne. Je suis passé en bio du jour au lendemain sans étude économique et sans jamais en avoir parlé à ma femme », raconte-t-il.

Ça me choque d’arroser de la patate. En cinquante ans, je n’avais jamais fait ça »

Depuis, celui qui milite au sein de la Confédération paysanne défend une agriculture vertueuse, sans produits phytosanitaires, sème et plante en fonction des cycles de la lune et se dit « en recherche permanente ». Il se méfie des termes trop à la mode genre biodynamie et permaculture et déteste les bâches plastiques dont abuseraient certains de ses collègues, même en bio.

Lentilles assoiffées

La météo déréglée de ces derniers mois a déjà eu des conséquences directes sur ses terres : il n’y aura pas de lin ni de lentilles cette année, qui ont bien levé mais n’ont pu pousser ce printemps faute d’eau, soit une perte qui pourrait se chiffrer à 40 000 euros. Les choux de printemps ont été ravagés par l’altise, ce petit insecte qui prolifère avec la hausse des températures et dévore de nombreuses cultures. Le mois dernier, il a fallu arroser les pommes de terre plantées en janvier sinon la récolte était fichue. Du jamais vu sur la ferme. « Ça me choque d’arroser de la patate. En cinquante ans, je n’avais jamais fait ça. Le problème, c’est qu’on a des températures dignes d’un mois d’août qui bloquent la croissance. On n’arrive plus à respecter le cycle de la plante », commente l’agriculteur. Pour s’adapter au réchauffement du climat, l’agriculteur d’Angoulins est finalement revenu à des pratiques du bon vieux temps, apprises notamment auprès de son grand-père. Et ça marche plutôt bien.

Optimisme malgré tout

Bizarrement, ce gros bosseur, qui adore mettre au point des outils pour lui faciliter la vie, reste optimiste face aux bouleversements annoncés. Cela va bien sûr l’obliger à modifier certaines pratiques, à s’adapter, à tâtonner, mais il y a des solutions, dit-il. « Quand je vois des maïsiculteurs continuer d’irriguer, oui ça, je l’ai en travers de la gorge. Mais nous, on continuera toujours de produire des légumes. » Il dénonce le monopole des grands semenciers qui sont parvenus à interdire « certaines variétés anciennes qui savent s’adapter au climat et au territoire ».