Charente : Lafarge, une déconstruction béton

Les poussières sont abattues par de la bruine propulsée par un canon à neige.

Les poussières sont abattues par de la bruine propulsée par un canon à neige.

« CL »

Sur le site, le four, ce gros tube qui chauffait la matière à 1 450 °C est déjà éventré

Un salarié de Lafarge est dédié à temps plein à la supervision de la déconstruction.

Un salarié de Lafarge est dédié à temps plein à la supervision de la déconstruction.

« CL »

Déconstruction et non démolition, la nuance est importante. Car la quasi-totalité des 35 000 tonnes de matériaux récupérés seront recyclées (à l’exception des 162 tonnes d’amiante) via des filières locales. « Il y a seulement 2 % de déchets dangereux : des huiles et 162 tonnes d’amiante qui seront éliminées dans des centres spécialisés », souligne Hervé Carretier, le directeur du site. Cette valorisation permet à Lafarge de récupérer deux millions d’euros, l’usine ayant d’ailleurs bénéficié de la hausse spectaculaire des matières premières depuis un an. Sur le site, le four, ce gros tube qui chauffait la matière à 1 450 °C est déjà éventré et peu à peu démonté. Les plaques de métal sont déposées à terre une à une. Un symbole pour toute cimenterie.

Suivront notamment les silos, la grande tour et la cheminée, à partir d’octobre, dont on ne verra bientôt plus la silhouette dominer la RN 10. Un chantier à elle toute seule, qui nécessite une grue plus grande encore que celle qui a servi à installer la passerelle de la gare d’Angoulême. Et qu’il faudra peut-être faire venir de Belgique ! Rien que pour l’acheminer, 40 à 50 camions seront nécessaires. « La cheminée sera grignotée petit à petit par le haut avec une pince hydraulique », décrit Marc Puthod, chef des opérations chez Cardem, une pointure en la matière. Ceux qui espéraient la voir s’effondrer comme un château de cartes seront déçus.

La cheminée et la tour vont être rasées.

La cheminée et la tour vont être rasées.

« CL »

Le deuil est fait, on est prêts à passer à autre chose.

Le four qui chauffait la matière à 1 450 °C a été coupé en deux.

Le four qui chauffait la matière à 1 450 °C a été coupé en deux.

« CL »

35 0000 tonnes de ciment en 2021

En dix mois, 1,5 hectare sur les neuf du site sera rasé. Ne restera que l’unité de broyage qui sert à l’activité actuelle. Non, Lafarge n’est pas mort ! Avant, on y fabriquait le clinker, la matière première du ciment. Il arrive désormais par train de l’usine Lafarge de l’Aude, trois fois par semaine et est broyé sur place pour être transformé en ciment avec l’aide d’ajouts. L’œuvre de 33 salariés (1). « Ça nous attriste d’entendre les gens dire qu’on est fermés. L’an passé, on en a fabriqué 350 000 tonnes, vendus dans un rayon de 200 kilomètres. En 2016, on en faisait 540 000 tonnes. Il y a encore un peu de nostalgie à voir la cheminée et le four disparaître mais le deuil est fait. On est prêts à passer à autre chose. On ne veut pas laisser une friche industrielle, il est important de finir la transformation du site, on gagne en clarté », appuie le directeur.

Le chantier est prévu pour durer dix mois.

Le chantier est prévu pour durer dix mois.

« CL »

Marc Puthod, de Cardem et Hervé Carretier (à droite), le directeur du site.

Marc Puthod, de Cardem et Hervé Carretier (à droite), le directeur du site.

« CL »

Un tournant important pour ce monument de l’histoire industrielle charentaise, né en 1928. « La légende raconte qu’en 1926, le train dans lequel circulaient deux géologues de Lafarge entre Bordeaux et Paris est tombé en panne. Ils en ont profité pour explorer les alentours et ont découvert qu’il y avait beaucoup de calcaire. Ils en ont parlé de retour à Paris », sourit Hervé Carretier. Pour ne rien perdre des nouveaux chapitres, un photographe suivra le chantier semaine après semaine et des nouvelles seront mises en ligne sur le site de Lafarge France.

(1) En 2016, la cimenterie comptait 116 salariés. 25 salariés étaient partis en préretraite, 20 avaient trouvé un emploi ou une formation en Charente, et 30 avaient été mutés dans une autre usine Lafarge.