Carburants : en Lot-et-Garonne, la ruée vers l’éthanol

Si la démarche était écologique au départ – production à partir de déchets de l’agriculture, raffineries françaises et réduction des émissions de CO2 -, c’est bien évidemment l’économie qui a pris le pas. Alors que le prix de l’essence à la pompe a dépassé les 2 euros par litre, celui de l’éthanol reste en dessous d’un euro.

« Au départ, on posait entre cinq et quinze boîtiers par an. Aujourd’hui, c’est cinq par semaine »

Il faut cependant savoir que seuls les moteurs essence sont convertibles. Et deux solutions s’offrent aux conducteurs : la reprogrammation du moteur ou la pose d’un boîtier. Avec, forcément, chacun des deux camps qui défend sa spécialité.

Reprogrammation moteur

Du côté des reprogrammateurs, « on agit directement sur les données de calcul du moteur, explique Manuel Miton. Cela donne la possibilité de rouler aussi bien avec de l’essence qu’avec de l’éthanol, dans n’importe quelle proportion. On travaille également sur le démarrage à froid, parce que l’éthanol n’aime pas les températures basses. L’avantage, c’est que nous ne touchons pas au moteur, on n’a pas besoin de composants et on arrive à maintenir une consommation très proche de celle de l’essence. » Autre avantage de cette technique selon Thibault Pierre : « On fait du sur-mesure, on optimise le moteur, et on ne l’abîme pas. » À partir du moment où le véhicule est équipé d’un calculateur, soit depuis la fin des années 1990-début 2000, le moteur est convertible.

Pour reprogrammer un moteur, on agit sur les données du calculateur.

Pour reprogrammer un moteur, on agit sur les données du calculateur.

C. L.

Pour les deux indépendants, il y a trop d’inconvénients à poser un boîtier : tarifs plus élevés (environ 500 euros pour une reprogrammation, entre 700 et 2 000 euros pour un boîtier en fonction de la cylindrée), difficultés de réglage, rajout d’un élément au moteur engendrant un risque supplémentaire de panne, consommation excessive…

« À partir du moment où le véhicule est équipé d’un calculateur, soit depuis la fin des années 1990-début 2000, le moteur est convertible »

Cela dit, ils mettent les conducteurs en garde, car la reprogrammation n’est pas homologuée. En conséquence, la garantie constructeur disparaît, certains organismes refusent d’assurer le véhicule, d’autres ajoutent une clause augmentant de fait le tarif du contrat d’assurance. De plus, toute modification du moteur doit être stipulée sur la carte grise, avec bon nombre de pièces justificatives, dont certaines peuvent éventuellement être refusées…

La pose d’un boîtier

Ces inconvénients administratifs n’existent pas avec la pose d’un boîtier homologué. Mais quid des risques techniques soulevés par les reprogrammateurs ? « Ils existent, oui, sur les boîtiers préréglés. Ces derniers sont dangereux », confirme Raoul Marinho. Pour le directeur de Norauto Agen, la pose d’un boîtier homologué, elle, est sans risque.

Le boîtier est donc un ajout au moteur, « qui va transformer l’octane du carburant ». Suivent tout un tas de réglages « pour avoir un véhicule qui fonctionne comme en sortie d’usine. Chaque véhicule a sa propre adaptation ». Et certains, en effet, ne sont pas compatibles. « Ce n’est pas un changement qui se fait en un claquement de doigts. Il y a trois étapes à respecter : la vérification de compatibilité en amont, la pose en elle-même, et le peaufinage des réglages après trois pleins. Et en deux ans, je n’ai jamais eu de retour pour un quelconque problème. »