Bordeaux : « quand on porte un kilt, il faut en être fier »

Le jeudi 2 juin à Bordeaux, Jean-Jacques Duclos devant La Maison du kilt, avec son tartan « Prince de Bretagne » qui épouse aussi les couleurs locales.

Le jeudi 2 juin à Bordeaux, Jean-Jacques Duclos devant La Maison du kilt, avec son tartan « Prince de Bretagne » qui épouse aussi les couleurs locales.

S. L.

Un nouveau folklore

Jean-Jacques Duclos est né à Paris mais a « grandi dans la culture celte ». Enfant, il passait ses étés en Armorique chez son père breton qui courait les fest-noz. C’est ce père, Richard, féru d’Écosse et de culture gaélique, qui a eu l’idée de créer un kilt avec un tartan spécifiquement breton, qui les unirait à la grande tribu des Celtes aux jambes nues. Le tartan, c’est le tissu mais surtout le motif, la signature : ce croisement de lignes, carreaux et couleurs qui symbolise un clan, un pays. Richard a donc créé un « tartan national breton » – blanc et noir pour le drapeau, bleu et vert pour l’eau et la terre. Fini les chapeaux ronds, il a inventé un nouveau folklore, « dont les Bretons sont fiers aujourd’hui », assure son fils. Il a ensuite décliné des motifs pour tous les pays d’Armorique et quelques créations plus « modernes » (une vingtaine à ce jour). Il a même été adoubé comme créateur de tartans par la maison mère d’Écosse (Scottish Tartan Autority). Surtout, il a créé sa Maison du kilt à Paris. Et ça marche assez pour envisager une petite sœur ici.

Pourquoi ici ? « C’est moins excentré que la Bretagne et Bordeaux a aussi une culture britannique, donc gaélique », dit Jean-Jacques, qui a fait des études de ventes, voyagé en Australie, est venu s’installer dans la capitale girondine, où il était ces deux dernières années coach sportif. Avant de repasser le kilt. « Il y a de la demande partout en France, on croise les doigts. » Pourquoi Saint-Michel ? « C’est un quartier qui bouge et le local – en pierre bordelaise, avec voûte et poutres de bois — est idéal. »

Entrons dedans : on y trouve des dizaines de kilts et autant de tartans. Le kilt entrée de gamme (60 €), de bonne facture, est fabriqué au Pakistan, mais le traditionnel, lui, est entièrement made in Scotland. Entre eux, une différence de poids : « Le kilt traditionnel fait 8 yards – 7,3 m de tissus en laine, l’autre seulement 4. » Et aussi de prix : le modèle écossais se commande à partir de 590 € et se fait sur-mesure. Tous s’arrêtent au niveau des rotules et se porteraient été comme hiver (à condition de bien remonter ses chaussettes en laine). « On est toujours à l’aise. Porter un kilt, c’est un esprit, une sensation. »

L’enseigne propose aussi des kilts pour femmes, courts (99 €) ou plus longs (120 €), aux couleurs plus chaudes et à la coupe plus évasée. « Pour l’instant, les clientes sont surtout des femmes d’un certain âge, parce que ça leur rappelle leur jeunesse », dit Jean-Jacques, qui espère un retour de la tendance.

« Tout le monde peut porter un kilt. Il suffit d’avoir confiance en soi et d’être libéré du regard des autres »

À côté du kilt, la Maison propose quelques vêtements (dont le veston haut dit « Prince Charlie », de lourdes chemises celtes ou des pulls bretons) et une foule d’accessoires : « sporran » (bourse ou sacoche, car le kilt n’a pas de poches), ceintures, boucles artisanales, chaussettes en laine, « ghillie brogue » (chaussures typiques aux lacets grimpants), kilt-pin (broche), badges, « sghian dub » (petit couteau), etc.

« Sporran » (bourses) et « sghian dub » (couteaux), entre autres accessoires du porteur de kilt.

« Sporran » (bourses) et « sghian dub » (couteaux), entre autres accessoires du porteur de kilt.

S. L.

Au-delà du genre ?

Quelle clientèle ? « C’est un marché de niche mais on espère séduire au-delà », dit le jeune gérant, qui énumère les cœurs de cible : des Bretons, des gaéliques, des élégants pour les mariages ou fêtes, des joueurs de biniou ou de cornemuse. Mais aussi des rugbymen et puis des curieux, des jeunes de tous les sexes. À ce sujet, au-delà du cliché de l’attribut viril et guerrier, le kilt pourrait-il séduire cette nouvelle génération moins binaire, revenue de la notion de genre ? « Bien sûr, tout le monde peut le porter. Il suffit d’avoir confiance en soi et d’être libéré du regard des autres. » S’aimer comme « on se kilt », en somme : la fierté, virile ou pas, serait la seule condition. « Quand on porte un kilt, il faut en être fier. Parce qu’on ne passe pas inaperçu. »