Bordeaux : quand “les meilleurs vins du monde” s’installent à Liverpool

Parquet cossu, dorures, lustres immenses et hauts miroirs : pour ce premier Taste Liverpool, Drink Bordeaux, la ville des Beatles a déroulé le tapis rouge aux Bordelais, emmenés par le Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux (CIVB). C’est un de ces petits Bordeaux fête le vin délocalisé – comme à Hong Kong, Bruxelles ou Québec et, pour la troisième fois, Liverpool –, cette fois mêlé à un nouveau rendez-vous créé par la ville pour installer une dynamique gastronomique et compléter sa trinité touristique, avec le foot et les Beatles. Soit des démonstrations de chefs médiatiques, dont la star locale Paul Askew, des menus spéciaux dans 50 restos et quatre jours de dégustations.

Hugues Hardy, au pavillon des « côtes ».

Hugues Hardy, au pavillon des « côtes ».

A. V.

« Donner envie »

Et les Anglais ne se font pas prier. À 13 h 30, moins de deux heures après l’ouverture des portes, Pierre Person (Jalousie Beaulieu) avale un grand verre d’eau, il n’en revient pas : « Je n’ai pas arrêté de parler ! » Les Liverpuldiens sont aussi curieux que les vins sont différents. Les vignerons servent et expliquent. D’une quille, ils disent qu’elle se boit à l’apéro, d’une autre qu’elle va mieux sur un repas élaboré ou du fromage. « Ils sont souvent perdus et ne savent pas quoi boire et sur quoi », reprend Pierre. « Et ils sont contents que les conseils viennent de nous. »

« C’est un moyen de sortir son épingle du jeu : les bordeaux sont moins uniformes, donc on n’est moins noyés dans la masse »

Plus loin, Corentin Aubrion (château de Piote), dont la jolie moustache vintage fait sensation, montre la différence entre un blanc sec, sauvignon classique, et un plus complexe, qui mêle sémillon et colombard (un cépage utilisé pour le cognac). Celui qui déguste n’en revient pas. « C’est un moyen de sortir son épingle du jeu : les bordeaux sont moins uniformes, donc on n’est moins noyés dans la masse », dit Corentin.

Au pavillon des « côtes », une Anglaise cherche un « smooth red ». Hugues Hardy (château Faugas) trouve, et raconte le merlot, l’élevage, montre sur la carte. Et voilà Siobhan («c’est gaélique ») qui cherche un « full body », un vin charpenté. Elle déguste, apprécie. « On n’est pas standardisés, chacun va trouver un vin qui lui plaît », dit aussi Julien Vignault, du Conseil des vins du Médoc. « Costaud, facile à boire, fruité, boisé : on en a ! » D’ailleurs, ça commence toujours comme ça : les visiteurs demandent « qu’est-ce que vous avez ? » et les vignerons répondent « qu’est-ce que vous aimez ? »

« Question de plaisir »

Le Royaume-Uni reste le quatrième marché du vignoble (après France, Chine et États-Unis) aux 21 millions de bouteilles écoulées l’an dernier, soit -14 %. Ici, on lorgne vers l’ailleurs. Verre à la main, Helen s’en excuse presque : « Les Anglais boivent beaucoup de vins du Nouveau monde, Nouvelle-Zélande ou Australie, c’est caricatural. » Elle se désole : « Tout le monde ne comprend pas les vins français… » D’ailleurs, le CIVB a placé son école du vin à l’entrée et propose des sessions courtes pour ne plus avoir peur des considérations complexes (terroir, assemblages, etc.).

Sur le stand des vins du Médoc.

Sur le stand des vins du Médoc.

A. V.

Ici, le 2017 plaît, alors que ce millésime a été touché par le gel, sa maturation a été compliquée, c’est un cru léger et mal estimé

Les vignerons aussi, apprennent. « On se rend compte de l’écart entre nos perceptions à nous et celles des consommateurs », raisonne Bruno Baudoux, directeur commercial du Château Castéra (Médoc). Exemple : ici, le 2017 plaît, alors que ce millésime a été touché par le gel, sa maturation a été compliquée, c’est un cru léger et mal estimé. À Liverpool, on ne sait pas tout ça, on goûte et on en reprend. « Ça donne de l’espoir », sourit Bruno, en s’amusant du vocabulaire consacré – « milieu de bouche », « toucher du tanin ». « On intellectualise beaucoup de choses, alors que les gens sont plus décomplexés dans leur approche : c’est une question de plaisir. »