Bordeaux : Pivoines, gerberas, giroflées et renoncules, les fleurs locales redressent la tête

Herwig Wallraf, responsable de Floris, accueille des producteurs locaux trois fois par semaine.

Herwig Wallraf, responsable de Floris, accueille des producteurs locaux trois fois par semaine.

GUILLAUME BONNAUD/SUD OUEST

Réveil des consciences

Aux Serres de Montesquieu, à Cadaujac, certains de ces petits producteurs locaux viennent vendre leur récolte chez Floris, l’un des principaux grossistes du pays avec 16 dépôts en France. Ici, la plupart des fleurs vendues aux détaillants proviennent de Hollande, mais, trois fois par semaine, des horticulteurs et pépiniéristes des environs viennent proposer leur production. « Il y a une vraie demande pour la fleur produite localement », avance Herwig Wallraf, le responsable de Floris. « C’est l’un des enseignements de la crise du Covid, qui a réveillé la conscience du consommateur. C’est comme les fraises sans goût, on n’en veut plus. Et les fleurs, on a envie qu’elles tiennent. »

Floris est l’un des principaux grossistes du pays avec 16 dépôts en France. Ici, à Cadaujac, au sud de Bordeaux.

Floris est l’un des principaux grossistes du pays avec 16 dépôts en France. Ici, à Cadaujac, au sud de Bordeaux.

GUILLAUME BONNAUD/SUD OUEST

Face à cette demande, les fleuristes changent leurs habitudes et ont compris que le label local faisait vendre, des fleurs comme des salades. Sauf que les fleurs, contrairement à la salade, le client n’en consomme pas forcément tous les jours. Et, après un gros coup de chaud, les producteurs peuvent parfois se retrouver avec des fleurs plein les bras et personne pour en faire des bouquets. « Dans ce cas-là, on sert de tampon, poursuit Herwig Wallraf. On achète celles qui restent. Cela évite le gaspillage et les pertes. »

Des pivoines, des gerberas, des œillets du poète, des renoncules, des viornes… Mais pas de rose ni de lys – pourtant les plus utilisés pour les compositions – dans la boutique de Nathalie Lardeur. « Les gens qui commencent à me connaître le savent. Aux autres, j’explique pourquoi je n’ai pas de rose. » Ce n’est pas une fleur produite localement et celle qu’on trouve vient parfois de très loin. Pas de rose donc. Mais suffisamment de variétés pour imaginer et créer des bouquets de toutes tailles et couleurs et qui ne se fanent pas en trois jours dans le vase. « C’est ce que la clientèle apprécie. Les fleurs qui n’ont pas voyagé durent plus longtemps. Mais il faut s’en occuper, changer l’eau, couper les tiges régulièrement. »

Les fleurs qui n’ont pas voyagé durent longtemps. Mais il faut changer l’eau et couper les tiges plus souvent.

Sans pesticides et comestibles

Parmi les habitués de la boutique, la fleuriste compte une dame d’un certain âge, pas très fortunée. « À chaque fois qu’elle vient, elle achète trois fleurs. Je trouve ça bien, c’est son petit plaisir. » Et aussi une pâtissière qui vient chercher des fleurs comestibles « parce qu’elle sait qu’elle peut les mettre sans risque sur ses gâteaux. Il n’y a pas de pesticides ».

Œillets du poète ou œillets barbus.

Œillets du poète ou œillets barbus.

David Thierry/SUD OUEST

Pour la fleuriste, travailler des fleurs locales et de saison demande un peu plus de travail et de réflexion. Il faut aller les chercher chez les producteurs qui ne font pas ou peu de livraisons, et aussi se creuser la tête pour proposer des associations harmonieuses et différentes des bouquets classiques qu’on apprend à faire à l’école. « Là, j’ai craqué sur des giroflées. Je me demande avec quoi je vais les marier », s’interroge Nathalie en vérifiant le niveau de l’eau dans leur vase. Elle en met peu volontairement et préfère la renouveler régulièrement. Cette attention participe d’une démarche globale de respect de l’environnement. Pour les emballages, pas de plastique transparent mais du papier kraft. La mousse pour réaliser des compositions est biodégradable, les ampoules sont basse consommation et le coursier livre à vélo. « Mon plus gros souci, c’est de trouver des contenants en circuit court. J’ai des pots qui viennent d’Italie, d’Espagne ou du Portugal, mais je cherche des céramistes locaux. »

Des pivoines.

Des pivoines.

David Thierry/SUD OUEST