Bordeaux : les propriétaires fonciers entament des rénovations énergétiques de gré ou de force

Un plan qui se caractérise notamment par une politique d’incitation à la rénovation…

Un plan qui se caractérise notamment par une politique d’incitation à la rénovation énergétique. Tout d’abord par la mise en place d’aides, mais aussi d’un calendrier d’interdictions et obligations à destination des propriétaires bailleurs de logements considérés comme « passoires énergétiques ».

Dispositif d’accompagnement

Si l’État s’investit dans ce processus, c’est aussi le cas de Bordeaux Métropole. La majorité a ainsi voté, vendredi 25 mars, un programme d’aide à la rénovation, prévoyant notamment un « rythme de croisière » de 11 500 rénovations de logements par an d’ici à 2026 et ce, jusqu’en 2050. « Les aides nationales et régionales ne sont pas suffisantes compte tenu du coût d’une rénovation. Aujourd’hui, le reste à charge reste conséquent et l’idée est d’apporter des aides complémentaires pour amplifier les rénovations, tant en volume qu’en qualité », justifie Claudine Bichet, vice-présidente en charge du climat, de la transition écologique et de la santé.

Pour atteindre ces objectifs, la métropole s’appuie notamment sur Ma rénov Bordeaux Métropole en partenariat avec l’Agence locale de l’énergie et du climat (Alec). Cette dernière est une structure « indépendante et neutre » qui a pour but de « faire le lien entre les dispositifs métropolitains, les professionnels et les propriétaires foncier », explique Franck Fernandez-Caussade, responsable de mission copropriété à l’Alec.

Thierry Darmagnac, architecte, Daniel Seignat, gérant du syndic de copropriété et Franck Fernandez Caussade, responsable de mission copropriété à l’Alec, ont accompagné la rénovation de la résidence Sylva.

Thierry Darmagnac, architecte, Daniel Seignat, gérant du syndic de copropriété et Franck Fernandez Caussade, responsable de mission copropriété à l’Alec, ont accompagné la rénovation de la résidence Sylva.

Fabien Cottereau/ « SUD OUEST »

L’agence a notamment accompagné la résidence Sylva à Caudéran. Dans cette copropriété composée de trois bâtiments et 117 logements, les travaux de rénovation ont commencé en janvier, après cinq ans de mise en place du projet. « Notre philosophie pour ce projet était de faire des travaux qui comprennent à la fois la réfection des bâtiments et de leurs alentours, mais aussi la rénovation énergétique », avance Daniel Seignat, gérant d’Actia concept, syndic de copropriété de la résidence.

Une opération qui coûte entre 25 000 et 35 000 euros par copropriétaire. « Ce surcoût est compensé par la valeur ajoutée au bâtiment, soutient-il. En plus, les copropriétaires n’auront pas à remettre le couvert pendant plusieurs années. » Ces travaux vont permettre 35 à 43 % d’économie d’énergie en fonction des bâtiments et à l’un d’entre eux de passer en bâtiment basse consommation – classe B.

Un DPE remis en cause

Un objectif qu’aura bien du mal à atteindre Denis Jacques, président de l’Union des propriétaires immobiliers de Gironde et propriétaire de deux appartements classés G – l’échelon le plus bas en termes de performance énergétique – d’après son diagnostic de performance énergétique (DPE). À partir de 2025, ses deux logements ne pourront plus être mis en location s’il ne réalise pas des travaux de rénovation énergétique.

Dans le cadre de la loi climat et résilience, le gouvernement a en effet mis en place un calendrier d’interdiction d’augmentation des loyers puis de mise en location en fonction des performances énergétiques des logements. S’il prévoit de réaliser des travaux cet été, il « ne sait pas s’il y a une solution pour que [son] logement passe en classe B ».

Denis Jacques, président de l’union nationale des propriétaires immobiliers à Bordeaux, voudrait voir certains critères du DPE évoluer pour mieux prendre en compte l’évolution de la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique global.

Denis Jacques, président de l’union nationale des propriétaires immobiliers à Bordeaux, voudrait voir certains critères du DPE évoluer pour mieux prendre en compte l’évolution de la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique global.

Laurent Theillet/ « SUD OUEST »

Il met notamment en doute « la fiabilité du DPE ». « Aujourd’hui, si mon logement était chauffé au gaz, je gagnerais une étiquette énergétique », s’étonne-t-il. La faute à un coefficient de calcul entre énergie finale – énergie consommée par le logement – et énergie primaire – énergie totale nécessaire pour extraire, produire, acheminer l’énergie finale jusqu’au logement – qui, selon lui, « n’est pas cohérent ». « Il faudrait que ce coefficient puisse évoluer en fonction du mix énergétique produit à l’échelle national, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. » Il incite donc les propriétaires à bien préparer ce diagnostic. « Il faut justifier, factures à l’appui, de tous les travaux réalisés dans le logement pour que le diagnostiqueur les prenne en compte. »