Bordeaux : l’école ukrainienne du mercredi, un espace de lâcher-prise pour les écoliers réfugiés

Depuis deux semaines, chaque mercredi après-midi, cette école internationale bilingue, située rue Judaïque, accueille des cours pas comme…

Depuis deux semaines, chaque mercredi après-midi, cette école internationale bilingue, située rue Judaïque, accueille des cours pas comme les autres. Elle met à la disposition de la Maison ukrainienne ses lieux et son matériel pédagogique. Une cinquantaine d’élèves réfugiés s’y réunissent. Répartis par niveaux, ils ont cours avec des enseignants bénévoles ukrainiens. Ils arrivent des villes bombardées de Boutcha, Marioupol, Kharkiv… Tous ont pris la route il y a quelques mois pour fuir leur pays en guerre.

Pour ces enfants, la scolarité ne s’est pas arrêtée. Certains suivent des leçons en ligne, d’autres vont à « l’école française ». Mais aujourd’hui, place aux cours en ukrainien. L’initiative originale revient à une association caritative, La Maison ukrainienne (1), fondée en avril 2022 par Albina Kozlova, une jeune Ukrainienne arrivée en France en 2005 pour ses études. La vice-présidente Charlotte Moriarty a créé à la même période sur Facebook le groupe d’entraide Ukrainian Refugee Support. Il compte 1 800 membres.

« Tout ce que je sais faire »

Oksana, la mère d’Albina Kozlova, est un peu à l’origine de cette expérimentation. Elle a rejoint sa fille à Bordeaux il y a quelques mois. Elle est professeur de littérature étrangère. Dans sa fuite de la ville de Rivne, à 150 km de la frontière biélorusse, elle a rencontré « beaucoup de monde, tous perdus, sous le choc ». On la croise dans la salle des maternelles, elle porte un tee-shirt blanc avec dessus son nom écrit au feutre et un écusson du drapeau ukrainien cousu sur le cœur. Avec émotion, mais droit dans les yeux, elle explique que durant son long voyage vers la France, elle a tout de suite pensé à monter un projet autour de l’enseignement, pour tenir et avancer. « Je voulais montrer qu’on est là, nous les profs. Tout ce que je sais faire, c’est enseigner, organiser, donner des consignes. Je suis très reconnaissante qu’un tel lieu existe. Dans nos écoles, nous n’avons pas tout ce matériel. Pour moi, c’est un signe du ciel. »

« Tout ce que je sais faire, c’est enseigner, organiser »

Chaque « professeur » a investi une salle de classe de la Bordeaux International School.

Chaque « professeur » a investi une salle de classe de la Bordeaux International School.

Fabien Cottereau/SUD OUEST

À l’étage, Tatiana nous reçoit dans sa classe pour les primaires. Avant la guerre, elle était professeur de logique dans une école privée à Kharkiv, la deuxième plus grande ville d’Ukraine, à 30 km de la Russie. Kharkiv est aujourd’hui défigurée par les bombardements. C’est aussi une championne de Rubik’s cube. Ses cours ici sont les seuls qu’elle a donnés depuis sa fuite en France avec ses enfants. Elle est bien inscrite à Pôle emploi « mais sans une bonne maîtrise du français, que faire ? », se désole-t-elle. Alors, elle met toute sa volonté dans ses leçons de développement du langage en ukrainien. « En partant, je pensais que les échanges qu’ont mes enfants avec notre famille suffiraient à leur bien-être. Mais non, c’est important pour eux de s’ouvrir à d’autres écoliers ukrainiens qui vivent la même chose. Ici, ce sont des temps de partage et d’écoute. »

Chacun reprend plaisir à faire cours, du crayonnage au cours d’histoire, dans sa langue natale.

Chacun reprend plaisir à faire cours, du crayonnage au cours d’histoire, dans sa langue natale.

Fabien Cottereau/SUD OUEST

« Un lieu de retrouvailles »

Isabelle Bidalun, codirectrice de la BIS, qui compte cette année 180 élèves de 28 nationalités, va dans ce sens : « J’ai rencontré Albina avant Pâques, nous soutenons leur initiative. Il fallait faire quelque chose. Ici, les enseignants partis à cause de la guerre peuvent continuer à travailler. Il est aussi intéressant que les enfants recréent un lien avec des copains de leur âge. Ce sentiment d’appartenance à une langue, à un pays est fondamental. Il est important que la langue maternelle soit véhiculée par l’enseignant. »

Enfin, pour Albina Kozlova, cette école ukrainienne est surtout « un lieu d’échange, de retrouvailles, beaucoup de ces élèves apprennent une nouvelle langue, certains même en fonction de la région d’où ils arrivent reparlent en ukrainien alors qu’ils parlaient russe à la base. Les familles disent qu’ils les sentent fatigués. Ici, c’est un espace de lâcher-prise et de repos qui leur est offert ».

(1) Les membres de l’association La Maison ukrainienne et les familles se retrouveront le dimanche 29 mai au parc du Vivier à Mérignac, de 10 heures à 18 heures pour la Fête des mères. À cette occasion, des jeux pour les enfants et une chasse aux trésors seront proposés, une vente d’objets faits main permettra de financer des projets et sorties.