Bordeaux : le regain d’intérêt pour le jardinage s’est bien enraciné

Alexis Peylhard l’a constaté. Il a monté sa société Le Cycle du jardin en janvier 2021. Le projet d’un homme qui a la main verte… et le mollet aussi : il travaille à vélo, avec une remorque.

Ancien jardinier chef au château Haut Brion, il a vu les Bordelais se prendre au jeu. « Les gens étant assignés à demeure, ils ont eu à cœur d’enjoliver leur cocon. Comme ils ne pouvaient pas partir, ils ont aussi économisé de l’argent, disponible pour des travaux du jardin. Et puis la pandémie a peut-être aussi participé à une prise de conscience, à une forme d’humilité par rapport aux forces de la nature… »

Son activité lui a permis de connaître un Bordeaux caché : « Cette ville, on la découvre deux fois. D’abord on est frappé par la beauté de la cité minérale. Et puis, quand on a l’occasion de passer derrière les façades, on aperçoit tous ces trésors de jardins ».

Les travaux du moment

Un trésor, ça s’entretient. Avec discernement. « Il faut faire preuve de mémoire et se souvenir que depuis trois ans, nous vivons des gelées tardives, prévient Alexis Peylhard. La fin de l’hiver a été chaude. Avril, très frais. Et je mets ma main à couper que les températures vont rester fraîches jusqu’aux Saints de Glace (du 11 au 13 mai), avec un temps pluvieux comme l’an passé. Alors mieux vaut ne pas se précipiter pour semer ses tomates, au risque de les voir souffrir du mildiou ».

« Mieux vaut ne pas se précipiter pour semer ses tomates, au risque de les voir souffrir du mildiou »

En revanche, pour les gens qui sont en retard, explique-t-il, il est encore temps de procéder à des tailles avant les grosses chaleurs, quitte à perdre des fleurs. Ou de planter des massifs d’agrément en les irriguant. Sans oublier de fortifier ses plantes. « Personnellement, je travaille avec des purées à base d’ail et de piment macérés. Les gens qui ont des gazons peuvent les scarifier pour les régénérer. »

En fait, au jardin, il y a du travail toute l’année. « L’erreur souvent commise est de ne rien faire passé novembre et de ne se réveiller qu’au printemps, alors que la réussite se joue en hiver », professe Alexis Peylhard.

Alexis Peylhard, jardinier urbain à vélo.

Alexis Peylhard, jardinier urbain à vélo.

Claude Petit / « SUD OUEST »

Et puis le jardinage obéit à des effets de mode. « C’est comme un meuble ancien, en le regardant, je peux vous dire son époque. Les marronniers, c’est typique des années 1900-1950. En ce moment, la mode, ce sont des plantes vivaces, très colorées et robustes. Mais l’important, pour prévenir la propagation des maladies et attirer les pollinisateurs, c’est de panacher ses haies avec plusieurs essences. »

L’éclosion de « jardins ouverts »

En ville, tout le monde n’a pas la chance de disposer d’un lopin. Ni même d’un balcon. Ce qui n’empêche pas les envies de gratter la terre. L’association Germaine Veille a été créée en 2018 par Nathalie Schwab, qui en est aujourd’hui salariée. Sa particularité est de promouvoir le jardinage dans des lieux ouverts, comme les jardins Henri-Sellier, à Cenon. « La demande est partie des habitants, qui voulaient réaliser des carrés potagers au pied des immeubles », raconte Nathalie Schwab.

Passionnée du travail de la terre, celle-ci a conçu le projet. Pour elle, il ne s’agit pas seulement de cultiver le végétal, mais aussi le lien social. « Ce jardin est situé dans un quartier ‘‘politique de la ville’’. Son ouverture a permis à des gens de se rencontrer alors qu’ils ne se seraient jamais croisés sans lui : certains vivent dans les immeubles, d’autres dans la zone pavillonnaire, de l’autre côté. La pratique unit aussi les générations – depuis les enfants amenés avec eux par de jeunes parents, jusqu’aux retraités qui trouvent enfin le temps de se mettre à ce loisir. »

Nathalie Schwab est une grande prosélyte. « Tout le monde peut ressentir l’émerveillement d’une graine qui germe. Il suffit d’un pot sur le rebord d’une fenêtre pour se faire plaisir et connecter au vivant. Et cette histoire d’avoir la main verte… Non, tout le monde peut s’y mettre, il suffit de prendre du temps. »

Nathalie donne aussi du sien, à son domicile, tous les mardis de 10 heures à midi, pour assurer la transmission des gestes : comment semer, bouturer, repiquer, connaître la saisonnalité… « Beaucoup de gens, adhérents ou non, viennent pour apprendre. Notamment des gens isolés, beaucoup de femmes. » On ne partage pas que les connaissances, mais aussi des boutures, histoire que les plantes que chacun a chéries dans son jardin puissent « faire des petits » dans celui des autres.

L’association prépare l’ouverture d’un nouveau lieu, à Cenon-La Marègue. Elle nourrit aussi un projet d’agriculture urbaine. Mais par-dessus tout, elle prône la pratique des « tiers jardins », c’est-à-dire la possibilité, pour tout un chacun, de planter dans tous les endroits de la ville qui pourraient s’y prêter. Bref, de multiplier les îlots de végétalisation.

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À ceux qui voudraient se lancer, Nathalie conseille de « commencer par ce qu’ils aiment, par exemple des aromatiques ou des tisanes. L’important, c’est de commencer petit et de grandir ensuite. Et de savoir que jardiner fait du bien aux gens. »

La ville au naturel

Alexis Peylard et Nathalie Schwab, en jardiniers « nouvelle génération », partagent une même philosophie, celui du zéro phyto et zéro déchets. Leur credo : privilégier la diversité des essences pour les protéger des maladies et parasites (« les graines de lin associées aux pommes de terre les protègent des doryphores », assure Nathalie) ; valoriser les matières organiques (« les branchages broyés peuvent servir de paillis », indique Alexis) et se laisser le droit à l’erreur. « Parfois, ça ne marche pas, mais ce n’est pas grave, le jardinage ce n’est pas une compétition avec la nature ! »