Bordeaux : la centrale solaire qui a fleuri sur les ordures

Entreprise française créée en 2004 et spécialisée dans la production d’électricité renouvelable, JPee a investi 60 millions d’euros pour ce faire. Soit 48 millions de dette bancaire détenue par la BPCE et 12 millions de fonds propres (partagés à 51 % par JPee et à 49 % par la Banque des territoires). Avec ses 59 mégawatts (MW) à pleine puissance, Labarde est, de loin, la plus grosse unité photovoltaïque aménagée et exploitée par JPee.

Sur des millions de mètres cubes d’ordures

Il est clair qu’en pleine ville, une telle superficie d’un seul tenant ne se trouve pas souvent sous les sabots d’un cheval. Encore moins pour y déposer un lac miroitant de 135 000 panneaux solaires. JPee a visé juste. Le site est inhabitable et impropre à toute activité. Deux à trois millions de mètres cubes d’ordures ménagères y sont enfouis. Fermée puis réhabilitée dans les années 2000, l’ancienne décharge de Labarde a été recouverte d’une membrane étanche sur laquelle trente centimètres de terre ont été déposés. Il est interdit d’y creuser un trou. L’exemple type de la friche inutilisable.

Les seuls occupants des lieux : un troupeau de brebis et quelques chèvres chargées de la tonte.

Les seuls occupants des lieux : un troupeau de brebis et quelques chèvres chargées de la tonte.

JPee

La production d’électricité était sûrement la seule issue possible pour valoriser le terrain. Ce qui place la centrale de Labarde à l’abri des controverses qui accompagnent le méga projet Horizeo, porté par les industriels Engie et Neoen. Ils ambitionnent la pose de mille hectares de panneaux sur un espace boisé à Saucats, au sud de la Gironde. Directeur général de JPee, Xavier Nass se garde de toute comparaison. « JPee développe ses projets sur des terrains non constructibles et non agricoles. Mais quand on regarde les scénarios de RTE (le gestionnaire du réseau électrique, NDLR) pour atteindre la neutralité carbone en 2050, il faudrait multiplier nos capacités dans une fourchette de sept à vingt. On n’y arrivera pas uniquement avec les terrains délaissés et les toitures », pondère-t-il.

Un inventaire des friches

Maire écologiste de Bordeaux, Pierre Hurmic se réjouit évidemment de l’arrivée de cette brique de taille dans le mur censé monter jusqu’au ciel de la neutralité carbone. « Nous sommes au début d’une planification plus vaste », promet-il en évoquant la pose de panneaux solaires sur l’ancienne base sous-marine des bassins à flot, ainsi qu’un inventaire des friches et des parkings qui pourraient être équipés à l’avenir.

Xavier Nass, le directeur général de JPee, lors de l’inauguration de la centrale de Labarde.

Xavier Nass, le directeur général de JPee, lors de l’inauguration de la centrale de Labarde.

Fabien Cottereau/« SUD OUEST »

Directeur de l’investissement à la Banque des territoires, Antoine Troesch insiste quant à lui sur le besoin impératif d’accélérer sur les énergies électriques renouvelables pour tenir les objectifs que la France s’est elle-même fixée. Lors de son discours de politique énergétique à Belfort en février, Emmanuel Macron a parlé de la multiplication par dix de la puissance installée du photovoltaïque d’ici 2050.

Selon JPee, cette croissance annoncée devrait maintenant faire l’économie de la polémique sur le prix de l’électricité renouvelable. Le mégawattheure (MWh) qui sort de la centrale de Labarde est au tarif bloqué de 63 euros. « C’est quatre fois moins cher que le prix de gros sur le marché européen de l’électricité », appuie Xavier Nass.