Bordeaux : HyPrSpace, la start-up qui veut envoyer ses micro-lanceurs dans l’espace

Pour cela, les trois cofondateurs et leur équipe développent dans leur bureau, situé sur le Campus art et métiers à Talence, où trônent une maquette de leur lanceur et quelques pièces du moteur démonté, et dans leur local technique à Saint-Jean-d’Illac, OB-1 – à prononcer comme Obi-Wan Kenobi, le célèbre personnage de « Star Wars » – : une fusée capable de mettre en orbite des petits satellites pesant jusqu’à 250 kg grâce à leur technologie de propulsion innovante. Dans le domaine de l’aérospatiale, il faut savoir qu’il existe deux types de propulsion : « la propulsion liquide, utilisée notamment pour la fusée Ariane 5 ou par SpaceX, et la propulsion solide », explique Vincent Rocher.

Propulsion hybride

HyPrSpace, elle, utilise « une propulsion hybride, qui combine le meilleur des deux propulsions spatiales », poursuit Sylvain Bataillard. Concrètement, le moteur de ce micro-lanceur, unique en son genre, est composé d’un réactif solide et d’un réactif liquide. L’oxygène liquide est injecté dans la chambre de combustion et réagit ensuite avec le carburant solide déjà présent, ce qui crée une combustion. Un gaz chaud est alors éjecté à travers la tuyère et va propulser le lanceur. Cette technologie existe depuis plusieurs années, mais n’a jamais été utilisée auparavant. « Sur le papier, c’est la propulsion parfaite, dans la réalité elle souffre d’un verrou technologique », précise Sylvain Bataillard.

Image de synthèse des lanceurs.

Image de synthèse des lanceurs.

HyPrSpace

Le moteur du lanceur lors des tests à la direction générale de l’armement.

Le moteur du lanceur lors des tests à la direction générale de l’armement.

HyPrSpace

« Il y a un problème avec l’architecture des propulseurs hybrides standards, qui ont une mauvaise capacité de combustion et propulsent mal. » Grâce aux recherches d’Alexandre Mangeot, qui a réalisé sa thèse de doctorat en propulsion hybride, les trois fondateurs d’HyPrSpace ont réussi à contourner le problème. « On a totalement changé l’architecture du moteur, la localisation des éléments, la géométrie de la chambre de combustion, on a simplifié l’approche », expliquent Vincent Rocher et Sylvain Bataillard.

Levée de fonds de 1,1 million d’euros

Un pari gagnant. En plus d’avoir mis au point une innovation prometteuse, brevetée en France et étendue aux pays ayant des ambitions spatiales, cette technologie, expertisée par le Centre français de recherche aérospatiale et la Direction générale de l’armement, est aussi plus économique. « Comme l’architecture du moteur est simple, il faut moins de pièces, moins de temps de production et d’assemblage, on réduit les coûts », justifie Sylvain Bataillard. OB-1 utilise également du carburant recyclé et la start-up bordelaise projette de récupérer le premier étage du lanceur pour le réutiliser et réduire la quantité de débris.

En pleine croissance, HyPrSpace a répondu à l’appel à projet du gouvernement pour être le premier micro-lanceur réutilisable français pour 2026 et a récemment levé 1,1 million d’euros auprès des fonds Geodesic, French Tech Seed et d’investisseurs privés. Ce qui va permettre de recruter les équipes nécessaires pour passer à l’étape suivante : la conception du moteur de la fusée à taille réelle, soit environ un mètre de diamètre sur cinq à six mètres de long et de la structure du lanceur, afin d’être prêts pour un premier tir officiel en 2025. Et à terme, comme SpaceX, l’envoi de touristes dans l’espace ? « On verra par la suite, pour l’instant on se contente des micro-lanceurs, c’est déjà bien ambitieux », souffle les cofondateurs.