Bordeaux : colère aux nouvelles urgences pédiatriques du CHU après un week-end chahuté

Les urgences pédiatriques du CHU dans leur nouveau bâtiment.

Les urgences pédiatriques du CHU dans leur nouveau bâtiment.

Stéphane Lartigue / « SUD OUEST »

Bref. Même pas un mois plus tard, le week-end du 20 mars, une alerte « dysfonctionnement » est envoyée à la direction du CHU, que nous avons pu consulter. Il est écrit « À 20 h 45, 45 enfants sont en attente d’être pris en charge par les équipes médicales, flux continu d’arrivées, vers 21 h 30, un médecin annonce sept à huit heures d’attente pour les cas les moins urgents. 19 enfants partis sans soins, sans avoir vu le médecin… » L’état des lieux est carrément inquiétant. Ce qu’atteste un soignant de l’équipe présent ce week-end-là. « Il y avait des gens assis par terre, même plus assez de place sur les chaises, on courait partout avec le sentiment de ne pas assurer la surveillance des enfants correctement. Comment répondre en même temps à l’angoisse des familles, alors que nous bougions tout le temps. On manque de personnel, les nouvelles urgences sont vraiment superbes, mais tellement plus disproportionnées par rapport aux précédentes. On s’y perd. On perd du temps d’une salle à l’autre. »

Dix fois plus grand

De fait, les urgences pédiatriques ont multiplié par dix leur surface, ce qui a bouleversé les pratiques de tous. Une autre infirmière de l’équipe témoigne, sous couvert d’anonymat comme tous ses collègues : « On a la trouille au ventre de passer à côté d’un grave problème, on en est arrivé à compter sur la vigilance des parents pour nous alerter en cas de souci. C’est grave. Les lits sont fermés partout à l’étage, ce qui retombe sur les urgences et provoque chez nous un goulet d’étranglement. On apprécie les nouveaux locaux, a priori les conditions de travail y sont meilleures. Sauf que c’est immense, très technique et comme nous ne sommes pas assez nombreux, on court tout le temps. Avant, sur les 800 m² on mutualisait nos efforts parce qu’on était les uns sur les autres. Là, on ne peut plus, les soins plus techniques exigent plus de temps et de personnel. Pendant le temps qu’on est en déchocage, comment gérer les autres ? »

« À l’usage, on voit bien que l’ouverture de ce nouveau bâtiment a réglé des problèmes, et en même temps en a soulevé d’autres »

Urgences pédiatriques, un bâtiment dix fois plus grand que le précédent.

Urgences pédiatriques, un bâtiment dix fois plus grand que le précédent.

Stéphane Lartigue / « SUD OUEST »

Jeudi, entre midi et deux, les brancardiers des urgences pédiatriques et maternité débrayaient pour la troisième fois de la semaine. Eux aussi ont alerté la direction à propos du manque d’effectif et du changement des conditions de travail. Roger témoigne : « Nous avons eu en main une étude préalable à l’ouverture des urgences pédiatriques, réalisée par l’encadrement de proximité, assure-t-il. Le constat était noir sur blanc, a minima et compte tenu de l’augmentation d’activité, on a + 100 % de distance à parcourir. À l’usage, on voit bien que l’ouverture de ce nouveau bâtiment a réglé des problèmes, et en même temps en a soulevé d’autres. »

« Adapter les ressources aux besoins »

Plusieurs fois, les brancardiers ont sollicité la direction du CHU pour obtenir une réponse, leur souhait étant de recruter 2,2 temps plein en plus. « Le temps passé à courir dans les couloirs a des répercussions en cascade. Les patients trinquent. La direction nous propose un rendez-vous… le 12 avril. On a refusé, trop loin. On a vraiment le sentiment d’être des moins que rien, la cinquième roue de la charrette ! »

Ils sont aujourd’hui 17 brancardiers vent debout, déterminés à ne rien céder. « Les nouvelles urgences pédiatriques, c’est une magnifique coquille aux trois quarts vide, ajoute un autre. Et le chahut qu’il y a eu le week-end dernier en est la preuve. On l’a tous vécu. » Gilbert Moudens, soignant au CHU et syndicaliste à SUD santé, souligne à son tour des inquiétudes face à la situation dans ce service : « Il y a des avancées incontestables, mais rien n’a été anticipé face à la démesure de cet espace, et la direction se braque toujours sur les effectifs. »