Bordeaux : au Pain de l’amitié, on sent la montée de la précarité

Comme d’autres, elle propose…

Comme d’autres, elle propose de l’aide alimentaire. Sa spécificité, c’est de le faire non pas via des colis, mais à travers une épicerie solidaire et un restaurant social, dans lesquels les bénéficiaires sont accompagnés individuellement par des bénévoles.

« Entre janvier 2021 et mars 2022, le nombre de repas a augmenté de 70 %. Avec de plus en plus d’enfants »

« C’est notre façon d’aller vers les gens qui sont dans la rue. Il n’est pas très utile de distribuer des paquets de pâtes à des gens qui n’ont nulle part où les cuisiner », explique la directrice Greta Dabbaghian. Au restaurant, l’accueil est inconditionnel. Tout le monde peut venir prendre un repas chaud pour 1,50 €. « On en sert 130 par jour. Le fait de payer une somme, même modique, c’est important pour la dignité des bénéficiaires. »

À l’épicerie solidaire, les bénéficiaires peuvent trouver des produits à 15 % de leur prix dans le commerce.

À l’épicerie solidaire, les bénéficiaires peuvent trouver des produits à 15 % de leur prix dans le commerce.

G. B.

Le public de l’épicerie est plus ciblé. « Ce sont des gens logés mais qui ont moins de 200 euros pour vivre une fois leurs frais fixes payés. Ils trouvent ici des produits alimentaires et de première nécessité à 15 % de leur prix dans le commerce », indique le vice-président Joël Begueret. Mais aussi des produits « plaisir » : « Ce n’est pas parce qu’on est pauvre qu’on ne doit manger que des pâtes et du riz ! »

Plus d’enfants

Son action permet au Pain de l’Amitié de mesurer l’évolution de la précarité. « Le besoin est de plus en plus fort », constate la directrice. Entre 2018 et 2021, le nombre de passages à l’épicerie a augmenté de 15 %. Et le nombre de repas servis de 26 %.

Une centaine de bénévoles de tous profils donnent de leur temps pour l’association.

Une centaine de bénévoles de tous profils donnent de leur temps pour l’association.

G. B.

Au cours des derniers mois, les choses se sont encore accélérées. « Depuis janvier 2021, le nombre de repas servis chaque jour a augmenté de 70 % », indique la directrice. Autre nouveauté : alors que 326 enfants avaient fréquenté le restaurant sur toute l’année 2021, ils sont 200… par mois en 2022. « C’est l’effet Ukraine, confie la directrice. Jusqu’ici, la clientèle du restaurant était composée à 85 % d’hommes seuls. On voit désormais venir des femmes avec leurs enfants. »

Ces nouveaux réfugiés bénéficient d’une action ponctuelle de gratuité au restaurant. Avant eux, en 2020, ce sont les étudiants (pendant le confinement) et les mineurs non accompagnés du squat Kabako qui avaient fait l’objet d’une aide semblable.

Antigaspillage

Pour faire tourner sa machinerie, l’association peut compter sur une centaine de bénévoles. Elle s’approvisionne à la fois auprès de la Banque alimentaire, du grossiste Métro ou du boulanger Ange, dont elle récupère les invendus. L’équivalent de 40 camions et 4 000 repas sauvés par mois.
Mais la récente hausse des prix alimentaires complique le ravitaillement pour les produits frais : yaourts, fruits et légumes… que les grandes surfaces déstockent désormais avec moins de prodigalité. Avis aux éventuels partenaires…