Bordeaux : au coin de la place Gambetta, le « choc » des évacuations d’immeubles

Les immeubles concernés sont sur la place Gambetta et dans la rue de la Porte-Dijeaux.

Les immeubles concernés sont sur la place Gambetta et dans la rue de la Porte-Dijeaux.

Infographie « Sud Ouest »

Dernier épisode en date dans la litanie d’immeubles de centre-ville visés par des arrêtés de péril depuis les effondrements dans les rues Planterose et de la Rousselle, en juin 2021. Place Gambetta, ce mur de refend est « en limite de rupture, particulièrement fragilisé et pourrait s’effondrer », prévient Stéphane Pfeiffer, adjoint au maire en charge de l’habitat, reprenant les conclusions de l’expert mandaté à la demande de la Ville par le tribunal administratif. En façade, les fissures sont anciennes, des débris sont tombés il y a plusieurs années, et de modestes témoins en bois que l’adjoint juge « étonnants » révèlent selon lui une « défaillance de suivi ».

Déménagement express

Surtout, c’est la réapparition de fissures, malgré un récent ravalement au n° 13, un immeuble racheté en avril 2021, qui aurait attiré l’attention d’un passant, accessoirement employé salarié d’InCité, la société gestionnaire du patrimoine ancien, rapporte Stéphane Pfeiffer. L’affaire n’a pas traîné, du signalement aux conclusions sans détour de l’expert judiciaire, dans la journée de mardi 24 mai, assorties de la décision municipale d’évacuer dès le lendemain, « au plus tard à 18 heures ». Les dommages collatéraux sont nombreux : à l’évacuation de sept locataires, dont un est pris en charge par le CCAS faute de point de chute, s’ajoute la fermeture de sept locaux d’entreprises. Cinq commerces sont visés : le Joaillier du Marais, le Fumoir bordelais, la Toque cuivrée, la bijouterie Ducas, la sandwicherie Papa Jo. La boutique de Baillardran reste ouverte mais son atelier est condamné. Moindre mal, le chantier de restauration de la porte Dijeaux, qui touchait à son terme, est suspendu.

Les fissures en façade qui témoignent de la poussée exercée sur les façades, du fait des faiblesses d’un mur porteur, y compris sur la partie récemment ravalée, à droite.

Les fissures en façade qui témoignent de la poussée exercée sur les façades, du fait des faiblesses d’un mur porteur, y compris sur la partie récemment ravalée, à droite.

D. B.

« Je ne veux voir personne. Psychologiquement, je ne suis pas d’attaque »

Dans le dos des adjoints réunis autour d’un point presse, mardi matin, place Gambetta, le ballet des voitures particulières chargées à bloc et des camions de location avait déjà débuté. Au Fumoir bordelais, étroit tabac de centre-ville, la patronne décline tout commentaire : « Je ne veux voir personne. Psychologiquement, je ne suis pas d’attaque. » À la Toque cuivrée, les salariées ont pu être réparties dans d’autres boutiques de l’enseigne, apprend-on. À quelques jours de la Fête des mères, c’est aussi un coup dur pour la bijouterie Ducas, où l’on s’active à vider les vitrines, en s’excusant de ne pas prendre le temps de commenter la situation.

« On s’exécute »

« On se prépare à tout fermer, et on ne sait pas combien de temps ça va durer, des semaines ou des mois », confirme Benjamin, de Papa Jo, occupé à rapatrier ce qui peut l’être dans le second magasin de l’enseigne, côté Mériadeck. Cinq salariés travaillent ici. « Il n’y a pas grand-chose à dire, on s’exécute », reprend Antoine Duffour, l’agent immobilier, devant sa remorque. « Choqué » à l’annonce de la nouvelle, mardi soir, il a mis à contribution son réseau de connaissances. Les quatre salariés déménagent « pour quelques semaines » dans un appartement mis à disposition « par un propriétaire », rue Bouffard : « On a de la chance d’avoir trouvé une solution de repli. »

L’adjoint à l’habitat Stéphane Pfeiffer, entouré des adjoints Amine Smihi, en charge de la sécurité, et Nadia Saadi, maire de quartier, mercredi 25 mai lors d’un point presse.

L’adjoint à l’habitat Stéphane Pfeiffer, entouré des adjoints Amine Smihi, en charge de la sécurité, et Nadia Saadi, maire de quartier, mercredi 25 mai lors d’un point presse.

Guillaume Bonnaud / « SUD OUEST »