Bordeaux : « Allez, on surenchérit !  », bijoux et vins passent du clou au marteau

Atteindre le millier d’euros est rare, et question prix, les tableaux ne tiennent…

Atteindre le millier d’euros est rare, et question prix, les tableaux ne tiennent pas la vedette face à l’or et aux pierres précieuses. Maxence Mazzoni concède qu’en la matière il n’y a plus de « grosses surprises : « Une experte gemmologue, Louise Teisseire, revisite la vente et s’il y a des bijoux un peu plus côtés, des pierres singulières, ça ne lui échappe pas. Nous avons les moyens de savoir à l’avance ce qui va faire un bon prix. Notre mise à prix respecte le marché. Un bijou peut être engagé pour 400 euros, mais si l’experte nous dit 1 000, on va commencer à cette somme. »

Maxence Mazzoni, au centre.

Maxence Mazzoni, au centre.

Fabien Cottereau/ « SUD OUEST »

Maxime Mazzoni est mandaté par le Crédit municipal de Bordeaux pour ce rendez-vous où se côtoient amateurs et collectionneurs. 90 % des lots présentés sont des bijoux. « Ça se dépose plus facilement. Tout le monde en a chez soi. En bon état ou pas… Quand vous en avez qui sont cassés ou accidentés, les faire réparer est onéreux. Le gage peut être un appoint de revenus », observe Maxence Mazzoni. Une interdiction cependant : les hommes n’ont pas le droit de déposer en gage des bijoux de femme.

Dans la salle, marchands d’or, qui achètent au cours du métal, bijoutiers, évaluant ce qui avec un bon polissage peut rejoindre leur vitrine, et quelques particuliers à la recherche qui d’une chaîne, qui d’un solitaire.

Les bijoux arrivent, une gourmette d’enfant siglée « Louise » rappelle avec émotion la vocation du Crédit municipal : prêter à des personnes inéligibles à d’autres aides. Derrière ce bracelet, on imagine une histoire, des cassures, une rupture. Des personnes affrontant des situations personnelles parfois dramatiques. « Pas forcément, sourit Maxence Mazzoni. Par exemple, la plupart des bijoux d’enfants sont déposés par leurs propriétaires devenus adultes. » Le commissaire-priseur a même eu à adjuger des plombages : « De l’or dentaire… Ça paraît insolite, n’est-ce pas ? Mais c’est du 21 ou du 22 carats : les marchands d’or achètent. » Certaines procédures sont plus lourdes que d’autres, quand on arrive avec des produits à forte valeur.

Ce qui n’est pas le cas de plusieurs peintures, qui peinent à trouver preneur ce jour. Alors que les fourchettes à huîtres sont bizarrement l’objet d’une bataille entre la salle et Internet : « Mais il veut vous empêcher de manger des huîtres ! » envoie Maxence Mazzoni à l’acheteuse sur place. Puis il relance en suivant sur deux lithographies de Pierre Molinier « Allez, on baisse à 200 euros ! Madame ? Vous n’en voulez pas une deuxième ? » Évelyne Brouzeng, 82 ans, hoche la tête en signe d’acceptation. Elle s’offre deux œuvres du sulfureux peintre bordelais. Habituée des salles des ventes, cette pétillante professeur à la retraite collectionne les « jolies signatures de la région ». « Et Molinier, c’est quelqu’un quand même ! J’achète car Molinier a bousculé un Bordeaux prude, frileux. » Puis hésite, songeuse, face à ses lithographies aux cuisses entremêlées : « Je ne sais pas ce que vont en penser mes enfants… »

Évelyne Brouzeng et ses deux lithographies.

Évelyne Brouzeng et ses deux lithographies.

E. D.

Appelé familièrement « Chez ma tante », le Crédit municipal est aussi une histoire de famille. Mathieu Merry, 28 ans, y a été initié par son grand frère. Il vient y dénicher « un bracelet qui a une maille particulière ». Et parce qu’il « aime cette ambiance ». Penché sur son téléphone, le jeune homme est à la fois en salle et sur le site d’Interencheres.com, où la vente est doublée. Cette vente, comme toutes celles que le Crédit municipal organise mensuellement, n’engage que 6 ou 7 % des objets déposés. À plus de 90 % des cas, le prêt est remboursé.