Bien-être animal : quand les vocalisations des cochons parlent

De la naissance à l’abattoir

Projet dont les résultats ont été rendus publics début mars 2022 et qui vise à développer un système de reconnaissance des vocalisations des porcs et donc des émotions qu’elles traduisent. Objectif : permettre aux éleveurs d’ajuster leurs pratiques et leurs interventions pour assurer le bien-être d’animaux d’élevage. Les trois instituts de recherche planchaient chacun de leur côté et avaient déjà enregistré un certain nombre d’éléments. « Le fait de fédérer nos recherches a permis d’étoffer la base de données mais aussi d’identifier des situations non couvertes : certaines situations cognitives, des séquences de jeux et des enregistrements dans les abattoirs. Au total, nous avons réuni des enregistrements auprès de 411 cochons sur des élevages expérimentaux associés à nos universités, dans 19 situations différentes depuis la naissance jusqu’à l’abattoir, en élevage sur des caillebotis et sur de la paille. »

Céline Tallet, éthologue, spécialiste du comportement des cochons.

Céline Tallet, éthologue, spécialiste du comportement des cochons.

C. T./Inrae

Et qu’en ressort-il ? Pas moins de 7 400 vocalisations. Découpées. Analysées. « Les animaux enregistrés grognent, crient, hurlent, couinent et parfois même émettent ce qui peut ressembler à un aboiement », poursuit la scientifique. « Une grande variété de vocalisations qui a été appréhendée et suivie par des équipes d’éthologues spécialisées. L’identification des sons a été ensuite réalisée par des outils informatiques. » Et ils disent quoi les petits et grands cochons ? Les vocalisations de haute fréquence, donc plutôt dans une tonalité aiguë expriment « dans la majorité des situations » une émotion à valeur négative. « Mais ce n’est pas systématique. À l’inverse les basses fréquences sont associées à de l’exploration et à des émotions d’autant plus positives que le son est bref et que l’amplitude du son varie peu. Lorsque le son est très pur en haute fréquence, il exprime le plus souvent un malaise ou une situation qui dérange l’animal. »

Un outil pour les éleveurs

Cette base scientifique a nourri l’intelligence artificielle qui a montré sa performance pour reconnaître non seulement la valence émotionnelle que traduisent les vocalisations avec une précision de 91 % mais également la situation dans laquelle elles ont été émises (précision de 82 %). Lorsqu’un nouveau son est appréhendé, il est automatiquement comparé avec ceux intégrés dans la base de données et donc qualifier. Reste aujourd’hui à transformer ce procédé en un outil accessible aux éleveurs et susceptible de les alerter en temps réel de situations nécessitant une intervention immédiate auprès de leurs animaux. « Le fait est que le projet Soundwel est terminé et que l’étape suivante nécessiterait des financements », souligne Céline Tallet qui est assez optimiste sur la suite de l’histoire… « Oui, car depuis la publication de nos résultats le 14 mars dernier, nous avons reçu des propositions d’une quinzaine d’entreprises désireuses de développer l’outil pour les éleveurs et nous avons même une proposition d’un financeur. » En attendant, la jeune éthologue travaille sur un autre projet avec une entreprise bretonne et l’institut technique du porc : « Nous tablons toujours sur les vocalisations et sur la possibilité d’identifier celles relatives aux cris émis lorsqu’un cochon mord la queue d’un autre. L’idée serait d’intervenir à ce moment-là et d’éviter ainsi la pratique actuelle qui consiste à systématiquement couper la queue des petits cochons d’un jour. »

411 animaux ont été enregistrés dans différentes situations depuis leur naissance jusqu’à l’abattoir.

411 animaux ont été enregistrés dans différentes situations depuis leur naissance jusqu’à l’abattoir.

Inrae

À noter enfin que d’autres études sont menées pour identifier les émotions d’animaux moins expressifs que les porcs et avancer sur le bien-être animal et les pratiques destinées à le respecter au mieux. « Des recherches sont en cours sur les volailles même si le spectre des variations de sons apparaît faible pour l’oreille humaine, l’intelligence artificielle nous offre toute compétence à détecter des émotions. »