Bénévolat : « L’engagement des volontaires est moins intense », selon Bénédicte Halba

Quel a été l’impact de la crise sanitaire sur les associations et les bénévoles ?

Nous n’avons pas de données précises à ce sujet. Ce sont plutôt des témoignages que nous avons recueillis. Les associations ont été très bousculées. Il a fallu réorienter certaines activités et développer des actions à distance. Or, une chose est importante dans une association…

Quel a été l’impact de la crise sanitaire sur les associations et les bénévoles ?

Nous n’avons pas de données précises à ce sujet. Ce sont plutôt des témoignages que nous avons recueillis. Les associations ont été très bousculées. Il a fallu réorienter certaines activités et développer des actions à distance. Or, une chose est importante dans une association, ce sont les assemblées générales. C’est le moment où on peut motiver les troupes. Si elles n’ont pas lieu, les bénévoles décrochent. Même ceux qui étaient très fidèles ont pu s’éloigner un peu.

À l’heure actuelle, on n’a pas de chiffres affinés pour dire qu’il y a une baisse du bénévolat, mais je pense qu’il y a un renouvellement total de la manière dont il s’organise. L’envie de s’engager est toujours là. On l’a vu avec le formidable élan de solidarité autour de la guerre en Ukraine. Ce conflit a relancé un élan. Les jeunes notamment sont très touchés. Ils s’inquiètent. L’autre angoisse qui les concerne, c’est le climat et la lutte pour l’environnement. Et quand on est très angoissé, le seul moyen de dominer une émotion aussi forte, comme la colère d’ailleurs, c’est de s’engager. Je pense que les jeunes et les ados sont dans cet esprit.

Bénédicte Halba, fondatrice de l’Institut de recherche et d’information sur le volontariat.

Bénédicte Halba, fondatrice de l’Institut de recherche et d’information sur le volontariat.

Photo personnelle

Les jeunes sont-ils nombreux à s’engager ?

Toutes les études menées montrent que ce n’est pas la catégorie la plus importante qui s’engage. Le principal handicap pour eux, c’est de ne pas maîtriser leur avenir. C’est le cas quand ils sont étudiants ou lycéens. Et ceux qui sont salariés sont souvent dans une situation d’instabilité ou de précarité et ils ne maîtrisent pas totalement leur temps, non plus. En revanche, les jeunes peuvent se mobiliser ponctuellement pour des actions précises. Cela a toujours existé. Et là, je suis persuadée qu’il y en a beaucoup qui s’impliquent pour l’Ukraine.

Alors, quel est le profil type du bénévole ?

Les bénévoles les plus actifs ont entre 35 et 55 ans, précisément quand ils sont installés dans la vie et qu’ils n’ont pas d’enfants jeunes. Parce que quand on a des enfants jeunes, on s’en occupe beaucoup plus. Ce n’est pas le temps de travail qui est le principal concurrent du bénévolat, c’est plutôt le temps libre, la vie familiale et les loisirs. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les retraités ne sont pas les plus nombreux parmi les bénévoles. Ceux qui l’ont déjà été, continuent. Mais il y en a beaucoup aussi qui gardent leurs petits-enfants ou qui partent plus souvent en vacances.

Y a-t-il des catégories socioprofessionnelles plus représentées ?

On a tous les profils. On dit que plus le diplôme est élevé, plus on a fait d’études, plus on a de chance d’être sollicité pour devenir bénévole. C’est aussi parce qu’on rencontre plus de gens. La pratique religieuse également accroît la chance d’être bénévole. On est sollicité directement à l’église, à la synagogue ou à la mosquée. Cela ne veut pas dire que parce qu’on est croyant, on est plus généreux.

Enfin, il est plus difficile de s’engager dans une grande ville, en partie à cause des temps de transports.

Le nombre de bénévoles a-t-il évolué ces dernières années ?

Il n’y a pas moins de monde, mais l’engagement est moins intense. Les bénévoles qui restent dix ou quinze ans dans une association, ça n’existe plus. C’est trois à cinq ans en moyenne et on est beaucoup plus exigeant aussi. Le volontariat est très lié aux relations humaines. Si la relation n’est pas là, on ne se force pas. C’est une erreur que font les associations : quand un bénévole s’en va, elles ne demandent pas pourquoi il est parti. C’est dommage, parce que souvent cela permettrait de le retenir. En général, il s’agit de problèmes interpersonnels. Une association a un fonctionnement plus proche de celui d’une famille que du monde professionnel. La transparence, la communication sont essentielles.

Les associations ont-elles des difficultés à recruter ?

C’est effectivement le principal problème. Le recrutement doit être permanent. Il y a un gros turn-over. Et ce n’est pas facile non plus de trouver un président, un secrétaire général ou un trésorier.