Bassin d’Arcachon : « Réhabiliter le domaine public maritime est une priorité »

Ces travaux ont été à 80 % financés par l’Office français de la biodiversité dans le cadre du plan de relance et à 20 % par le Siba. L’opération, sur les bancs de Tès et de Moussette (120…

Ces travaux ont été à 80 % financés par l’Office français de la biodiversité dans le cadre du plan de relance et à 20 % par le Siba. L’opération, sur les bancs de Tès et de Moussette (120 hectares), coûte 1,24 million d’euros. « Nous voulons, en 2022-2023, doubler la cadence de ces travaux, assure Yves Foulon, maire LR d’Arcachon et président du Siba. Il faut se donner les moyens de relever ce challenge. Réhabiliter le domaine public maritime est une priorité. »

Comment se passent ces travaux ? Il faut d’abord enlever le matériel anthropique à la grue et le ramener à terre, puis niveler le terrain à la dameuse et enfin, une fois que les coquilles enterrées ressortent, passer la broyeuse. Plusieurs sites ont déjà été réhabilités, comme les Jacquets au Cap Ferret (27 hectares) ou Bourrut (46 hectares), dans le fond du Bassin.

Olivier Laban, président du comité régional conchylicole Arcachon-Aquitaine, et Yves Foulon, président du Siba et maire LR d’Arcachon.

Olivier Laban, président du comité régional conchylicole Arcachon-Aquitaine, et Yves Foulon, président du Siba et maire LR d’Arcachon.

D. P.

Que les huîtres poussent

Pourquoi est-ce si important ? Parce qu’en 35 ans, le bassin d’Arcachon a divisé par deux sa capacité à produire des huîtres marchandes. Voilà pourquoi environ un tiers des ostréiculteurs délocalise sa production ailleurs, en Bretagne, en Normandie, en Irlande, au Portugal. Sur le Bassin, les huîtres ne poussent plus assez.

« Le Bassin est le site ostréicole français dont le prix de revient est le plus élevé, 38 % de plus qu’ailleurs. »

« C’est un enjeu majeur, explique Olivier Laban, président du Comité régional conchylicole Arcachon-Aquitaine (CRC A-A). Il y a un problème d’image du Bassin, de sécurité pour la navigation et les ostréiculteurs doivent retrouver une capacité à produire. Le Bassin est le site ostréicole français dont le prix de revient est le plus élevé, 38 % de plus qu’ailleurs. »

Pour 10 000 à 15 000 tonnes d’huîtres marchandes, il y a dans le Bassin 70 000 tonnes d’huîtres sauvages. La compétition pour se nourrir est donc rude. Plus il y a de courant, plus il y a de nourriture et plus les huîtres mangent, plus elles grossissent et plus elles pondent. Les récifs d’huîtres sauvages, l’envasement accélère la turbidité de l’eau, notamment dans le fond du Bassin. Voilà pourquoi les parcs du banc d’Arguin sont si réclamés : là-bas, elles poussent.

La situation est aussi un héritage : « Le Bassin est la plus grande écloserie d’Europe. Les huîtres s’accrochent à la moindre surface un peu dure. D’où cette multitude de récifs d’huîtres sauvages. Or dans les années 80, quand quelqu’un arrêtait, il laissait ses parcs tels quels. Depuis les années 90, on nettoie. Les affaires maritimes doivent veiller à la propreté des parcs. Tout cet argent public dépensé pour nettoyer ne doit pas l’être en vain, il faut entretenir. »

Et les zostères aussi

Il y a 750 hectares de concession ostréicole sur le Bassin. « Nous avons peu abandonné de surface, assure Olivier Laban. Mais en quarante ans, nous avons perdu environ 1 200 exploitations. Nous avons plus de place que de capacité. Et les cadastres des parcs ont plus de 60 ans au Grand Banc ou à Courbey. Ils étaient adaptés à une certaine ostréiculture et ne le sont plus aujourd’hui. Il faut donc les refaire pour qu’ils correspondent à l’ostréiculture d’aujourd’hui. »

« Restaurer les vasières permet de redonner de l’espace aux zostères, si importante pour la faune et l’hydraulique. »

Ces réhabilitations n’aboutissent pas toutes à de nouveaux parcs. « Le Parc naturel marin (PNM) a inscrit les friches ostréicoles au cœur de son projet, précise Mélina Roth, sa directrice. Il y a aussi une dimension environnementale et une nécessité d’agir sur l’hydrodynamique. Restaurer les vasières permet de redonner de l’espace aux zostères, si importante pour la faune et l’hydraulique. On peut reconquérir la biodiversité du Bassin et faire en sorte que la lagune retrouve un fonctionnement normal. »

Au Tès, moins de 20 % des 60 hectares réhabilités seront rendus à l’ostréiculture. L’objectif est qu’un herbier de zostères s’y implante.