Bassin d’Arcachon : à Cazaux, le pôle agricole en zone naturelle fait réagir

Une activité saisonnière qui débute en février et s’achève en juin. Originaire du Pérou, il vit à Cestas et défend, à La Teste-de-Buch, une activité militante. « Je propose des ateliers gratuits, toutes les semaines. Je demeure un amateur passionné. Le bio, en petite surface, c’est l’avenir. Les graines que je propose sont ressemables et ce que je ne vends…

Une activité saisonnière qui débute en février et s’achève en juin. Originaire du Pérou, il vit à Cestas et défend, à La Teste-de-Buch, une activité militante. « Je propose des ateliers gratuits, toutes les semaines. Je demeure un amateur passionné. Le bio, en petite surface, c’est l’avenir. Les graines que je propose sont ressemables et ce que je ne vends pas, je le donne. »

Je demeure un amateur passionné. Le bio, en petite surface, c’est l’avenir »

À son entreprise s’est adjointe une association, « Mon jardin solidaire » avec laquelle il propose donc des ateliers et entend « permettre à chacun de faire sa part », soutenu en cela par des Cazalins qui ont créé autour de lui un comité de soutien. Son rêve, celui de voir grandir un pôle agricole bio, est en passe de se réaliser puisque d’autres porteurs de projets sont en train de s’installer. Et ce au grand dam de l’association Bassin d’Arcachon écologie (BAE).

La zone agricole se trouve au lieu-dit Jaumard, à l’entrée de Cazaux, sur un terrain actuellement classé en zone naturelle.

La zone agricole se trouve au lieu-dit Jaumard, à l’entrée de Cazaux, sur un terrain actuellement classé en zone naturelle.

Sabine Menet

La crainte des écologistes

« Lorsque nous avons vu se construire une serre sur un espace naturel protégé, nous avons aussitôt adressé un courrier à la mairie », expose Pierre Vuilleumier, chargé des questions urbanistiques et juridiques au sein de l’association. « Attention, nous sommes favorables au développement d’une agriculture bio. Mais il faut le faire sur un terrain dévolu à cet effet », abonde Françoise Branger, la présidente.

Françoise Branger (présidente) et Pierre Vuilleumier de Bassin d’Arcachon Écologie (BAE).

Françoise Branger (présidente) et Pierre Vuilleumier de Bassin d’Arcachon Écologie (BAE).

Sabine Menet

Nous sommes favorables au développement d’une agriculture bio. Mais il faut le faire sur un terrain dévolu à cet effet »

« Ici, clairement, on crée une zone agricole au détriment d’une zone naturelle. Quelle sera la suite ? Ce que nous craignons, car c’est ce qui se passe sur le bassin d’Arcachon, c’est la rapide requalification des zones agricoles en zones urbanisables… » Et d’exprimer son inquiétude quant à l’attrait suscité sur cette zone. En effet, Juan-Carlos Sanchez Gahona n’est pas le seul à y travailler. Derrière son terrain, des plantations sont en cours servant le projet d’un autre entrepreneur tourné vers le bio. Un large panneau d’affichage annonce ainsi la vente ou la location de parcelles à cultiver.

Le panneau se trouve en bordure de la D 112.

Le panneau se trouve en bordure de la D 112.

Sabine Menet

« Des gens de bonne foi y souscrivent, souhaitant accéder à une autonomie alimentaire », s’inquiète Françoise Branger qui redoute une « escroquerie » et a saisi la municipalité, la sous-préfecture et le procureur de la République dénonçant un défrichement de la zone et la clôture des parcelles.

Jardins partagés et autonomie alimentaire

Sylvania fait partie de ceux qui ont choisi de louer un terrain afin d’y cultiver son potager. « Je vis en appartement », explique cette mère de famille cazaline qui voit là l’opportunité de pouvoir produire et consommer le fruit de son travail. À l’origine de ce projet se trouve un entrepreneur, Michel. C’est lui qui possède les six hectares de terrain sur lesquels fleurissent jardins partagés et projets à plus grande échelle.

Sylviana, une Cazaline, loue l’un des terrains de la zone afin d’y cultiver son potager.

Sylviana, une Cazaline, loue l’un des terrains de la zone afin d’y cultiver son potager.

Sabine Menet

« J’ai acheté il y a quatre ans. En zone forestière protégée, oui. Ce que stipule la loi, c’est que je ne peux pas ériger de clôture à l’intérieur d’une parcelle. Or, ce que j’ai fait, c’est diviser le terrain en 19 lots et clôturer les différentes parcelles. » Assurant que les pins étaient déjà coupés lors de l’achat, il précise que s’« il en déplace un, il le replante aussitôt ». Son leitmotiv, c’est le bio. C’est ce qu’il impose à ceux qui achètent (un minimum de 1 000 m²) ou louent (de 100 à 300 m²) ses terrains.

Planter un pin ou planter une tomate, c’est de l’agriculture. Ici, ce qui est interdit, c’est de construire.

« Toute terre est cultivable », martèle-t-il. Ce que confirme la Chambre d’agriculture (lire encadré). « Planter un pin ou planter une tomate, c’est de l’agriculture. Ici, ce qui est interdit, c’est de construire. Et ce n’est pas une serre sous laquelle je travaille mais un tunnel », précise de son côté Carlos Sanchez Gahona. La différence est notable puisque le tunnel ne repose sur aucun sol en dur et peut, à tout moment être retiré.

L’inconfortable position de la ville

« J’ai demandé à la mairie, à laquelle dès son origine j’ai présenté tout le projet, de requalifier cet espace en zone agricole », rajoute Michel. « Et j’attends toujours que l’on vienne constater sur place une quelconque infraction au code de l’urbanisme. » Contacté, le maire de La Teste-de-Buch, Patrick Davet, n’affirme qu’une seule chose : « Ce terrain restera en zone naturelle et ne sera pas requalifié dans le prochain plan local d’urbanisme (PLU) en raison de sa trop grande proximité avec le terrain militaire. »

Ce terrain restera en zone naturelle et ne sera pas requalifié dans le prochain plan local d’urbanisme »

Il faut dire aussi, que de son côté et à quelques encâblures, toujours à Jaumard, la Ville travaille sur un projet de ferme communale. Pour le reste, l’édile cache difficilement son embarras. « L’installation était déjà faite lorsque j’ai été élu, plaide-t-il. Il y avait une certaine tolérance… J’ai donné un délai afin que les choses se régularisent. Le mobil home qui avait précédemment été installé a été sorti et j’ai demandé que le panneau d’affichage soit retiré. »

Le 16 avril 2021, Patrick Davet précise avoir adressé un courrier au tribunal administratif assorti d’un procès-verbal constatant les infractions (clôtures et défrichement). « Il y a des choses que je fais et d’autres que je laisse faire aux autorités », dit-il. En face de lui, les acteurs du pôle agricole expliquent avoir tout fait dans les règles. Et se disent prêts à en discuter avec leurs détracteurs.