Automobile électrique : la batterie de demain est en charge aujourd’hui à Bruges (33)

Bienvenue dans le laboratoire de recherche et développement d’ACC (Automotive Cells Company), un consortium un peu facilement surnommé « Airbus de la batterie » parce que depuis août 2020, il regroupe des acteurs français, TotalEnergie/Saft, Stellantis, mais aussi, et c’est officiellement signé depuis quelques jours seulement, l’Allemand Mercedes/Daimler Benz. La société ACC les réunit tous avec un objectif : produire, dès 2030, plus de 2,5 millions de batteries pour véhicules électriques, alors que pour le moment 95 % d’entre elles viennent de Chine.

Les chimistes Eztibaliz et Martin testent les différentes formulations des composants de batteries.

Les chimistes Eztibaliz et Martin testent les différentes formulations des composants de batteries.

Laurent Theillet/ « Sud Ouest »

Un recrutement de plus par jour

Une avance qu’ici on ne se contenterait pas de vouloir rattraper, mais qu’on cherche à dépasser. Quand ils ont été inaugurés en septembre dernier, par Yann Berger, le PDG d’ACC, en présence de représentants de l’État et d’Alain Rousset, président de la région, qui ont participé à leur financement, les 11 000 m² du site flambant neuf de Bruges sonnaient creux. Ce n’est désormais plus du tout le cas.

Le site dédié à la batterie de demain mobilise 300 personnes, essentiellement des chercheurs et ingénieurs. À Bruges se concentre l’essentiel des forces vives du groupe ACC qui vient d’inaugurer à Nersac en Charente une usine pilote qui compte 100 salariés et qui vient de lancer, dans les Hauts-de-France à Billy-Berclau, la construction d’une usine géante ou Gigafactory, dont une partie de la future charpente métallique pose des problèmes d’approvisionnement… Elle devait sortir d’une aciérie ukrainienne. Pour le moment le chantier bat son plein et ACC compte 400 collaborateurs mais ce chiffre évolue à vitesse grand V. Chaque jour qui passe, ACC recrute actuellement au moins une personne de plus.

D’ailleurs à Bruges on négocie déjà le futur agrandissement du laboratoire de R & D, mais en attendant, des experts venus de 20 pays différents ont toute la place et les moyens nécessaires – le consortium a levé 2,8 milliards d’euros il y a un an – pour mettre au point les batteries qui seront fabriquées par ACC et intégrées sur les voitures qui sortiront des usines à partir de la fin 2023. Des voitures des partenaires Peugeot, Citroën, Mercedes, bien sûr, mais aussi des constructeurs clients à la recherche de batteries de nouvelle génération et d’une moindre dépendance à l’Asie.

« C’est vrai que dans le domaine de la batterie nous sommes en retard par rapport à la Chine. Mais ici nous avançons plus vite et nous avons déjà sorti nos premiers produits innovants de l’usine de Nersac », assure Jérôme Boissout, responsable Cellules et Modules.

« Travailler sur une technologie de rupture »

« Ici on travaille clairement sur des batteries qui n’existent pas encore » ajoute Michael Maillot, responsable ingénierie du site. « Nous travaillons sur une technologie de rupture, celle que les Chinois ne sont pas capables de produire à ce jour.

Des batteries innovantes, dotées d’une chimie solide, plus faciles à charger, supportant mieux les cycles de charge, plus faciles à produire, à recycler, voilà ce qui doit sortir des « cuisines » bordelaises d’ACC. « Ici c’est vrai qu’on fait de la cuisine » relève Matthieu Hubert, secrétaire général d’ACC. « Nos équipes testent à l’échelle miniature, les dosages, des formulations de produits afin de trouver la recette idéale. »

La Moldave Olga dans la salle des « boîtes à gant »

La Moldave Olga dans la salle des « boîtes à gant »

Laurent Theillet/«SUD OUEST »