Armées : au cœur du centre qui forme des militaires à survivre à un crash en mer

Cet exercice est réalisé presque chaque jour dans le bâtiment du Cessan, le Centre d’entraînement à la survie et au sauvetage de l’aéronautique navale. Unique en France, il a été créé en 1981 à Saint-Raphaël, dans le Var. Installé depuis 1995 à la base aéronavale de Lanvéoc-Poulmic, dans le Finistère, il accueille chaque année entre 1 200 et 1 300 stagiaires, venus principalement de la Marine nationale, des armées de terre et de l’air. Pour la Nouvelle-Aquitaine, c’est le cas par exemple du personnel de la base aérienne 120 de Cazaux (33) et 118 de Mont-de-Marsan. Parmi les participants, on trouve aussi des membres de la gendarmerie, de la Sécurité civile ou encore de la Direction générale de l’armement… Des professionnels tous appelés à voler au-dessus de la mer dans le cadre de leurs missions.

La reproduction d’une carlingue d’hélicoptère, appelée “la gloutte”, s’immerge en se renversant, imitant le mouvement d’un hélicoptère qui serait entraîné par la force de son rotor.

La reproduction d’une carlingue d’hélicoptère, appelée “la gloutte”, s’immerge en se renversant, imitant le mouvement d’un hélicoptère qui serait entraîné par la force de son rotor.

Marine nationale

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Acquérir les bons réflexes

Le stage initial dure cinq jours. Ensuite, il faut le refaire régulièrement. Au minimum tous les cinq ans, voire chaque année pour certaines spécialités. « C’est la répétition et la qualité des entraînements qui améliorent notre confiance et permettent d’avoir les bons réflexes en situation réelle », résume un instructeur, le premier-maître Mickaël. « L’extraction de l’hélicoptère est la première phase de survie. Ensuite, on va basculer sur une deuxième phase où il va falloir appliquer les moyens de sauvetage pour ne pas se perdre en mer. » Le Cessan s’appuie aussi sur le retour d’expérience des équipages. « On se nourrit en permanence des retours des stagiaires et des missions réelles de recherche et de sauvetage en mer effectuées, comme celle du 5 juillet 2021… », explique le capitaine de corvette Fernando Sans, commandant du Cessan.

Avec des lumières et de puissants ventilateurs pour reproduire les conditions en mer, un stagiaire dans son canot de survie attend d’être hélitreuillé.

Avec des lumières et de puissants ventilateurs pour reproduire les conditions en mer, un stagiaire dans son canot de survie attend d’être hélitreuillé.

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Débriefing à chaud avec un plongeur lors de l’exercice de retournement de la cabine.

Débriefing à chaud avec un plongeur lors de l’exercice de retournement de la cabine.

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Cette nuit-là, l’équipage de la 33F de la base de Lanvéoc part en opération : un voilier danois a lancé un appel de détresse. Le Don Quijote a démâté en pleine tempête, à 150 kilomètres de la côte. Les conditions sont dantesques, avec des creux entre six et neuf mètres.

« On avait une seule chance !”

« Le début de mission s’est déroulé conformément aux entraînements », se rappelle le maître Frédéric, plongeur hélicoptère affecté au Cessan. « Je descends sur le canot de survie des six naufragés, dos à la houle. Mais une vague arrive et retourne le radeau. » Le plongeur refait surface et récupère les plaisanciers. Il ignore qu’au-dessus, dans l’hélicoptère, le treuil a cassé. L’appareil doit retourner à la base en urgence !

« La seule solution que j’ai trouvée était de leur larguer notre propre canot de sauvetage », poursuit son collègue treuilliste, le premier-maître Romain. « On avait une seule chance ! Il fallait le larguer juste à côté parce que, dans les conditions météo du moment, si tout le groupe partait d’un côté et canot dans l’autre sens, c’était fini. » Le commandant Sans appuie : « Contre les éléments, contre les courants, on ne lutte pas. Et c’est cela qu’on leur montre en bassin. »

L’arrivée des naufragés du Don Quijote et de l’équipage de la 33F le 6 juillet 2021 à la base aéronavale de Lanvéoc-Poulmic.

L’arrivée des naufragés du Don Quijote et de l’équipage de la 33F le 6 juillet 2021 à la base aéronavale de Lanvéoc-Poulmic.

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Cette nuit-là, le maître Frédéric est lui-même en situation de naufragé. Malgré l’angoisse, il réussit à regrouper tout le monde dans le canot et à les soutenir. « Nous sommes des professionnels et on ne peut pas se permettre de faillir », raconte le plongeur. L’entraînement reçu au Cessan a peut-être fait la différence. L’hélicoptère, lui, est revenu quelques heures plus tard. L’océan Atlantique n’a, cette fois-là, pris aucune vie.