Alimentation : il faut renégocier les contrats pour assurer la continuité de la production

Rappelons que la guerre amplifie…

Rappelons que la guerre amplifie le risque que l’Ukraine, quatrième exportateur de blé et de céréales, qui fournit la moitié de l’huile de tournesol mondiale, ne puisse récolter et semer cette année. Résultat, les cours (mondiaux) du blé s’envolent tout comme ceux de l’huile de tournesol et de l’alimentation animale pour les éleveurs.

Ajoutons à cela, la flambée des prix de l’énergie, celle des coûts des emballages verre et carton, les conséquences de la grippe aviaire sur les futurs approvisionnements en œufs et volailles, et on a un large aperçu des poussées financières subies par les agriculteurs et les transformateurs de l’industrie agroalimentaire.

Chez Jock, à Bordeaux, on a signé des contrats annuels d’approvisionnement. La tension sur les prix de la farine et des œufs se fera ressentir après l’été. Il faudra probablement renégocier.

Chez Jock, à Bordeaux, on a signé des contrats annuels d’approvisionnement. La tension sur les prix de la farine et des œufs se fera ressentir après l’été. Il faudra probablement renégocier.

Laurent Theillet/”Sud Ouest”

Discussions ouvertes

C’est donc bien pour accompagner au mieux ces acteurs que le gouvernement a proposé, le 18 mars dernier, de rouvrir les négociations commerciales. Autrement dit, de permettre aux uns et aux autres de faire valoir le caractère exceptionnel des hausses auxquelles ils sont soumis et de les répercuter en partie dans les contrats.

Distributeurs et fournisseurs ont fini par se mettre d’accord, le 31 mars, sur une charte d’engagements, signe d’une « bonne volonté » officielle de se prêter sinon à la renégociation, au moins à la discussion. Et depuis ? « La charte a été une bonne clause de revoyure, sur le papier », avance Véronique Hucault, directrice de l’Aria Nouvelle-Aquitaine. « Nous avons des remontées d’industries alimentaires qui demandent la révision des contrats et qui se trouvent confrontées à des distributeurs qui jouent la montre et gagnent du temps. Il y en a, cependant, (peu nombreux) qui jouent le jeu et renégocient. » Car le fait est que ces enseignes de la distribution, qui s’étaient vues mettre un puissant coup de pression par les ministres de l’Agriculture et de l’Économie, lors des réunions hebdomadaires sur le sujet, au point de se sentir « surveillées », sont désormais plus libres. La période de réserve imposée par l’échéance présidentielle a suspendu les rendez-vous avec le gouvernement.

Pour cette entreprise agenaise, spécialisée dans les plats surgelés, et cette PME de Dordogne, experte de la vinaigrette, obligées de revoir leurs recettes à base d’huile de tournesol et d’opter pour l’huile de colza, ou encore cette petite unité des Deux-Sèvres, concentrée sur la fabrication de tourteaux au fromage, confrontée à la pénurie d’œufs et donc à la hausse de leurs prix, il faudra repasser pour la négociation à court ou moyen terme. Sous peine de ne plus pouvoir produire. « C’est la crainte exprimée par beaucoup d’entreprises : en arriver au chômage partiel voire pire. Lors de notre enquête de mars dernier, 32 % des répondants déclaraient la pérennité de leur entreprise menacée à court terme… Il y a de fortes probabilités que ce chiffre ait évolué à la hausse », ajoute la directrice de l’Aria.

De la pérennité des PME

Quant aux termes de la charte d’engagements, là aussi, il y a parfois un décalage entre le cadre défini et signé sur le papier et la réalité. « Il était convenu dans le document de ne pas appliquer de pénalités logistiques lorsqu’il était démontré et justifié que la guerre en Ukraine avait un impact sur le fournisseur. On se rend compte dans les faits qu’il est compliqué d’aller récupérer ces pénalités lorsqu’elles ont été facturées abusivement ou par erreur comme le prétendent des distributeurs. »