Agriculture bio : l’Europe est-elle à la hauteur de ses ambitions ?

L’Ifoam Organics Europe, Fédération européenne des mouvements de l’agriculture biologique, s’en était alors félicitée, affirmant avoir convaincu la Commission d’affirmer une volonté politique ambitieuse. Avec pour objectif « une reconnaissance des bénéfices de l’agriculture biologique pour l’environnement, la biodiversité, les enjeux climatiques et pour la société, la revitalisation des territoires ruraux », considère Éric Gall, directeur adjoint d’Ifoam Europe. Mais comment passer d’une aspiration à, sinon une transformation, du moins, une approche au plus près de l’objectif partagé ? La question sera discutée ces 16 et 17 juin à Bordeaux, au Congrès européen de la bio.

Le Plan national stratégique de la France n’est pas jugé suffisamment ambitieux et rémunérateur pour l’agriculture biologique, par la famille du bio.

Le Plan national stratégique de la France n’est pas jugé suffisamment ambitieux et rémunérateur pour l’agriculture biologique, par la famille du bio.

Illustration Laurent Theillet / « SUD OUEST »

1 La PAC et le plan stratégique national français

Quand on parle moyens en matière d’agriculture, on pense tout de suite à la Politique agricole commune (PAC). Celle-ci ouvre un nouveau chapitre de cinq ans qui va débuter au 1er janvier 2023. Dans cette PAC, la Commission européenne a décidé de laisser encore plus de latitude aux États-membres, chacun devant rédiger son propre plan stratégique national (PSN).

« Et force est de constater qu’entre les ambitions de la ferme à la fourchette et le PSN français, il y a un écart qui pénalise l’agriculture bio française… », poursuit Éric Gall. « Tout d’abord, l’objectif en surface bio à 2030 de la France est de 18 %, soit en deçà de celui de l’Europe. Par ailleurs, le gouvernement français a décidé de mettre au même niveau son soutien aux exploitations HVE (haute valeur environnementale) et aux exploitations bio. Cette absence de différenciation est totalement illégitime puisque en HVE, on continue d’utiliser des pesticides de synthèse qui ont un impact sur la santé, quand ceux-ci sont interdits en agriculture biologique, soumise à un cahier des charges plus strict », argumente Jérôme Cinel, directeur d’Interbio Nouvelle-Aquitaine.

La Commission européenne, dans sa lettre de recommandation au gouvernement français sur son PSN, se dit préoccupée par cette mesure. Elle attire également l’attention de la France sur la fin des aides au maintien qui, selon elle, risque de générer des déconversions à compter de 2023. Les forces bio françaises demandent une rémunération pour service rendu à l’environnement et somme le gouvernement de revoir sa copie.

2 Des politiques publiques volontaristes

« Historiquement, les politiques publiques ont joué un rôle important dans le développement de l’agriculture biologique », martèle Éric Gall. Et de citer volontiers l’exemple du Danemark : « 90 % de produits bio dans les cantines et une journée nationale du bio. » « La restauration collective, les biodistricts qui lient bio innovation et développement économique tout en participant à la revitalisation des zones rurales, ainsi que des initiatives comme la biovallée de la Drôme et le label ‘‘Territoire bio engagé’’ lancé en Nouvelle-Aquitaine sont autant de leviers. » On pense aussi au chèque alimentaire qui pourrait peut-être avoir une couleur verte… ou encore à un coup de pouce sur l’accessibilité des produits bio, dans un contexte inflationniste, par une action sur la TVA.

3 La volonté doit être collective

L’objectif de 25 % de surface agricole utilisée (SAU) bio est-il collectivement atteignable ? « Déjà, l’Autriche le dépasse, la Suède s’en approche, l’Estonie n’est pas loin… », lâche Jérôme Cinel. « Le fait que la France puisse s’en rapprocher est un enjeu fort pour l’UE puisque nous avons la plus grande surface agricole. On peut se satisfaire qu’en dix ans, la production et la consommation bio ont fait des bonds et les importations bio ont été largement réduites. »

Mais la guerre en Ukraine et l’inflation risquent d’être des freins. « C’est surtout un prétexte pour les lobbies, pour demander des exemptions sur les contraintes réglementaires environnementales et pour faire de l’agriculture intensive. Nous devons, certes, nous adapter au contexte tout en gardant la même direction : produire de la qualité en préservant les ressources naturelles dont on dépend. Il y a une attente des citoyens », conclut Éric Gall.

Congrès européen de la bio à Bordeaux

Coorganisé par Ifoam Europe et par l’interprofession régionale Interbio Nouvelle-Aquitaine, le Congrès européen de l’agriculture biologique se déroule les jeudis 16 et vendredi 17 juin à la Cité du vin de Bordeaux. 270 représentants de l’ensemble de la filière bio de 26 pays européens sont attendus ainsi qu’une délégation ukrainienne, invitée par les organisateurs.