Agriculture bio : l’Europe a posé un cap, les États membres ne mettent pas tous les moyens pour l’atteindre

Les États membres ayant chacun la responsabilité de se donner les moyens d’atteindre le cap commun via les plans stratégiques nationaux (PSN).

La France mauvaise élève

En l’occurrence, la France, bien que « championne européenne du bio » au regard du nombre d’hectares cultivés, figure parmi les mauvais élèves sur les projections. Elle affiche une ambition de 18 % de surfaces en bio pour 2027 (quand l’Allemagne et la Suisse tablent sur 30 %) et elle décide de soutenir la bio au même niveau que les exploitations HVE (Haute valeur environnementale).

Un calcul largement dénoncé à la tribune, par Benoît Biteau député européen EELV : « On ne doit plus appréhender la bio par le seul prisme de l’économie de marché mais par ses effets démontrés sur la biodiversité, la santé, le changement climatique, le renouvellement des générations et la rémunération des paysans. Et il est inadmissible qu’elle soit soutenue au même niveau qu’une agriculture qui utilise des engrais de synthèse. »

Benoît Biteau, au micro, a dénoncé le choix du gouvernement français de rémunérer au même niveau le bio et la HVE.

Benoît Biteau, au micro, a dénoncé le choix du gouvernement français de rémunérer au même niveau le bio et la HVE.

GUILLAUME BONNAUD/»SUD OUEST »

L’Ukraine en invitée

La Commission européenne, comme l’a rappelé son porte-parole, Pierre Bascou, a pour mission de guider les États dans l’évaluation de leurs moyens mis au service de la bio. La France, interpellée pour revoir sa copie, est restée sourde. Pour autant, Jan Plagge, président d’Ifoam Europe, tempère : « Ne nous focalisons pas que sur les aides directes. Impulser une dynamique bio passe aussi par d’autres voies, comme l’introduction de produits bio dans la restauration collective… »

Reste que pour Nic Lampkin, consultant européen sur l’agriculture biologique, 25 % de SAU bio à 2030, cela relève du doux rêve si on n’accélère pas. « Au rythme où va l’Europe (actuellement à 9 % de terres bio), en 2030, nous arriverons à 14 % ». Et de laisser entendre que l’UE reste aussi financièrement timide : « Elle prévoit 3 milliards d’euros par an pendant cinq ans pour le bio quand il faudrait 9 à 15 milliards. »

On l’aura compris, l’Europe a mis la barre haute et la PAC ne se donne pas les moyens de la frôler. Les congressistes l’ont regretté comme « la manière dont certains lobbies avancent pour prétexte la guerre en Ukraine afin de ralentir sur le front environnemental et pousser l’agriculture intensive. »

L’Ukraine justement, est l’invitée de ce congrès avec une délégation. Celle-ci l’affirme : « Malgré le conflit, la bio continue de produire. Et nous ne pourrons plus revenir en arrière, à la production intensive, cette guerre doit être une opportunité pour aller vers une agriculture plus durable ».