À Mérignac, Le Chaînon manquant redistribue les aliments de la dernière chance

Au milieu de la mêlée, le camion du Chaînon manquant. Alizé Ducours, seule salariée de l’antenne bordelaise, fait équipe ce jour-là avec Marie-Françoise…

Au milieu de la mêlée, le camion du Chaînon manquant. Alizé Ducours, seule salariée de l’antenne bordelaise, fait équipe ce jour-là avec Marie-Françoise Bernet. Le tandem s’apprête à collecter la nourriture pour la distribuer aussitôt après. « On fait deux tournées hebdomadaires régulières, le lundi et le vendredi. On gère également des surplus alimentaires ponctuels les autres jours. Lorsqu’il y a une grève ou une classe Covid, par exemple. Nos tournées ayant démarré en 2020, nous avons pris la crise sanitaire de plein fouet », résume Alizé Ducours.

« C’est chargé aujourd’hui : 59 cagettes. Je finalise la pesée », lance Guillaume avant l’arrivée des chariots. Méthodique, la manutention est rapide pour ne pas rompre la chaîne du froid. La température doit être maintenue entre 0 et 3 °C. Ce sont les normes. Exit les denrées non périssables, le frigo de 8 mètres cubes se remplit de plats préparés en barquettes, d’éléments de repas et de produits frais. « On fait le lien entre ceux qui ont trop de nourriture et ceux qui n’en ont pas assez, décrit Alizé Ducours. Notre capacité à récupérer des produits ayant une date limite de consommation courte et à les acheminer tout de suite vers les acteurs sociaux marque notre singularité. » La valeur ajoutée est double : apporter une solution anti-gaspi aux professionnels tout en améliorant la qualité de l’aide alimentaire des associations.

Le Relais des solidarités

Carottes en rondelles, porc, sauté de bœuf, riz cantonais, potages, crudités… volume et variété sont au rendez-vous ce jour-là. Au volant, Alizé Ducours roule vers le Relais des solidarités. Le site réunit l’ensemble des associatives caritatives de Mérignac, dont les Restos du cœur. À ses côtés, Marie-Françoise Bernet, bénévole depuis peu, prépare le bordereau. Sensible à la précarité sociale, elle souhaite donner de son temps utilement aux plus démunis.

Livraison aux Restos du cœur. Pierre vérifie la date limite de consommation des produits.

Livraison aux Restos du cœur. Pierre vérifie la date limite de consommation des produits.

Olivier Delhoumeau

Le véhicule à peine arrivé au Relais (15, avenue du Château-d’eau), Pierre et Edgar, chargés de la réception, sont aux aguets. Gérant l’approvisionnement des Restos du cœur, ils transvasent les barquettes dans leurs cagettes et rangent le tout au frais en deux temps trois mouvements. Les quantités sont ajustées selon l’affluence attendue. « Les distributions sont fixées tous les lundis et vendredis. On reçoit grosso modo 170 familles à chaque fois. Il y a peu, je tablais plutôt sur 100-120. La perte de pouvoir d’achat est palpable », confie Pierre.

Près de 150 familles pour Faire et Agir

Tout ce qui n’est pas donné le vendredi sera réparti le lundi suivant. Et s’il reste un excédent, « on le cède à nos collègues de Saint-Vincent-de-Paul qui assurent l’aide le mardi », poursuit Pierre. Après les Restos du cœur, Le Chaînon manquant file vers le centre de Mérignac où l’association Faire et Agir dispose d’un local municipal. Les mêmes gestes se répètent. Souvent dans la bonne humeur. Là encore, les bénéficiaires seront servis dans la journée.

À l’association Faire et Agir, les petites mains s’activent tous les jours.

À l’association Faire et Agir, les petites mains s’activent tous les jours.

Olivier Delhoumeau

« On fournit des repas pour 400 personnes. Cela représente près de 150 familles, évalue Aurélie. Beaucoup de retraités, des personnes en situation de handicap, des travailleurs intérimaires qui n’ont pas droit aux Restos du cœur. Nous sommes complémentaires. » Source d’approvisionnement parmi d’autres, Le Chaînon manquant enrichit le contenu des colis. Après Mérignac, direction Pessac où se trouve l’association d’étudiants La Cuvée des écolos, puis Bordeaux-Bacalan, siège du restaurant social Gargantua. L’année dernière, avec peu de moyens humains, l’antenne bordelaise de l’association anti-gaspi a sauvé 23,5 tonnes de produits de la dernière chance.

Aurélie, de Faire et Agir, dans l’espace de stockage du local.

Aurélie, de Faire et Agir, dans l’espace de stockage du local.

Olivier Delhoumeau