À la Foire de Bordeaux, la voiture électrique plus que jamais sur la route du succès

Il était 13 heures. Jean-Philippe était venu de Dax. Coup d’œil à son application. Il avait mis à recharger…

Il était 13 heures. Jean-Philippe était venu de Dax. Coup d’œil à son application. Il avait mis à recharger sa voiture à proximité du Parc des expositions. « 96 % », pouvait-on lire sur l’écran. « Une recharge douce. » Il s’apprêtait à aller la rechercher. Non pas pour rentrer immédiatement dans les Landes, car il n’avait pas fini d’étudier les nouveautés exposées, mais pour « libérer la place ».

Progrès à vitesse grand V

Bel exemple de civisme des temps modernes. « Je n’ai pas de prise spécifique, dit-il, j’habite en appartement. Mais il y a une borne sur la place en bas de chez moi. Le tarif est assez bas, surtout si on recharge la nuit. Ça coûte à peu près 2 euros pour 100 kilomètres. Avant, j’avais une voiture qui consommait 10 litres de gazole au 100. Le calcul est vite fait. Il fallait juste franchir le pas. » Ce qu’il a fait il y a un mois.

Jean-Patrick Teyssaire, fondateur d’Electric-Road.

Jean-Patrick Teyssaire, fondateur d’Electric-Road.

Laurent Theillet / « SUD OUEST »

« L’augmentation du prix des carburants n’est pas seulement conjoncturelle »

Mais alors, pourquoi continuer à se renseigner ? Son achat n’est-il pas à la hauteur de ses attentes ? « Si, j’en suis très content. Mais je vais la renouveler dans un an après revente. Technologiquement, je pense que ça va évoluer très vite. Je vais peut-être déjà passer commande. » Cela faisait longtemps qu’il pensait investir dans une voiture électrique. L’envolée des prix à la pompe après le déclenchement de la guerre en Ukraine a fini de le convaincre.

Des ventes doublées tous les ans

« L’augmentation du prix des carburants n’est pas seulement conjoncturelle », analyse Jean-Patrick Teyssaire, fondateur et président d’honneur d’Electric-Road. « Elle est structurelle. On pense tous que ce qui arrive aujourd’hui, de toute façon, serait arrivé. » Peut-être pas de façon aussi précipitée, mais « immanquablement ». L’essor des voitures électriques s’en trouve accéléré, aussi bien pour les 100 % électriques que pour les versions hybrides. Description du marché : « Elles représentent actuellement 10 % des ventes, qui doublent chaque année, et 1 % du parc en France, soit un peu moins de 500 000 voitures. »

L’Electric-Road Show permet de faire le tour des constructeurs, avec la primeur régionale pour certains modèles. Renault présente par exemple la nouvelle Mégane E-Tech. Quentin Lassalle, de la concession de Villenave-d’Ornon, confirme la tendance. Quand le tarif au litre a dépassé les 2 euros, « on a eu une forte demande pour tout ce qui est électrique ». Notamment aux portes ouvertes du mois de mars. En « quatre ou cinq jours », il évalue à une « cinquantaine » le nombre de Zoé qui ont trouvé preneur. Voilà pour la partie commerciale, promise à un beau succès jusqu’à dimanche.

Rendez-vous fin juin

Mais Electric-Road, c’est son originalité, n’est pas uniquement un salon de l’auto. Il y aura deux temps forts cette année, ces quatre jours pour commencer, puis, du 29 juin au 1er juillet, le traditionnel rendez-vous des experts, collectivités et dirigeants d’entreprise du secteur, désormais baptisé Electric-Road Business and Seminar, au Palais des congrès de Bordeaux.

Jeudi à la Foire.

Jeudi à la Foire.

Laurent Theillet / “SUD OUEST”

Depuis sa création il y a neuf ans, les professionnels s’y retrouvent pour des débats pointus sur le futur de la mobilité électrique, contradictoires et à tous points de vue passionnants. Le grand public peut y assister. Il y sera largement question de l’emploi, des mutations que cette technologie implique pour beaucoup de professions. Sans oublier les infrastructures – la dimension « Road » si l’on peut dire.

Pour Jean-Patrick Teyssaire, il s’agira de véritables « assises des rues et des routes du futur ». Un exemple d’évolution à l’étude : « Les autoroutes électrifiées par le sol. Ce n’est pas de la science-fiction, c’est de la science un peu en avance. » Les batteries pourraient donc se recharger en roulant. « En Suède, il existe un système par pantographe et caténaire, ajoute-t-il. Le camion lève son pantographe comme un tramway. Il y a déjà des kilomètres d’autoroutes qui fonctionnent ainsi. »

L’avenir immédiat, c’est la série de débats organisée en cette fin de semaine sur le « ring » de l’Electric-Road Show. Au programme, samedi et dimanche : « La voiture électrique est-elle plus ou moins polluante que la voiture thermique ? Avons-nous suffisamment d’électricité pour alimenter toutes les voitures électriques ? Est-ce que le parc de bornes de recharge nous permettra demain de faire de longues distances ? Comment utiliser la voiture électrique au quotidien ? Y a-t-il réellement des avantages concrets à utiliser une voiture électrique ? » La hausse du prix des carburants, c’est concret.