À Bordeaux Saint-Jean, l’aménageur Euratlantique face à la colère des habitants de l’îlot Amédée

Au début de ce mois de mars, l’aménageur Euratlantique avait ouvert une concertation portant sur une version revue et corrigée du même projet. C’est la restitution de cette concertation qui a eu lieu ce jeudi. C’est peu dire que le rejet qui s’était manifesté au début du mois n’a fait qu’empirer. D’autant plus qu’entre-temps, les habitants d’une résidence d’ICF (société immobilière de la SNCF) ont découvert que leur immeuble allait être rasé.

Pendant toute la réunion, les participants ont brandi des pancartes pour manifester leur hostilité au projet.

Pendant toute la réunion, les participants ont brandi des pancartes pour manifester leur hostilité au projet.

Thierry David / « SUD OUEST »

Hostilité palpable

Dans sa nouvelle version, l’îlot Amédée (du nom de la rue Amédée-Saint-Germain) perd 7 000 m² (il passe de 51 000 à 44 000 m²) et gagne un espace vert de 1,2 hectare. Le profil des immeubles est revu pour concentrer les plus élevés contre les voies ferrées, loin des échoppes qui sont de l’autre côté de la rue.

Au début de la réunion, l’hostilité est palpable. Les riverains avaient préparé leur coup. Dès les premières minutes, ils brandissent des pancartes dénonçant la bétonisation de cet îlot étroit, coincé entre le faisceau ferroviaire et la rue rectiligne. « Béton = prison », « Non au béton », « Quartier à vivre ou quartier à vendre ? », « Densifier = asphyxier »… Certains montrent à bout de bras de simples dessins d’arbres.

Peu de marges de manœuvre

« Je note une forme de créativité », sourit Valérie Lasek, directrice générale d’Euratlantique, sans parvenir à détendre l’atmosphère. Ce projet a été acté sous l’ancienne majorité, l’actuelle en hérite. Pierre Hurmic a essayé de le réorienter, mais il sait que « les marges ne manœuvre sont très étroites ».

« À quoi sert cette concertation, si les marges de manœuvre sont aussi petites, à choisir une balançoire ou un terrain de pétanque ? »

Lors de la première réunion de concertation, le 1er mars, il avait exhorté les participants à se faire entendre. Ce jeudi, ils se sont lâchés. « On est surpris d’apprendre par la presse que l’immeuble qu’on habite, certains depuis longtemps, où d’autres ont élevé leurs enfants, va être détruit, explique un homme. Nous avons été traités par le mépris. Nous avons subi des mois de chantier, personne n’est venu nous demander ce que nous voulions. Quelle violence ! » Directrice générale d’ICF Atlantique, Annick Izier se voit reprocher d’avoir caché le projet de destruction. Elle affirme que c’était mentionné dans certains documents, que les habitants ont pu ne pas le voir. Le public s’étrangle : « Mensonge par omission ! » « On n’a pas su lire les plans, ou alors on a vu mais on n’a rien compris ! » ironise un homme.

Bataille de chiffres

L’affaire est compliquée. À la place de cette résidence, il est prévu de construire 130 logements sociaux. La ville en a besoin. Elle tente ensuite de rassurer : « Il y a des pistes à étudier, les choses ne sont pas fermées, nous avons du temps devant nous… » Incrédulité de l’auditoire. Valérie Lasek essaie, elle aussi, de calmer l’auditoire : « On n’est sans doute pas allé à votre rencontre assez souvent. »

Le débat vire à une critique générale de la densification. On se jette des chiffres, des ratios de mètres carrés d’espaces verts par habitant, des nombres de logements. « On a une mairie écolo, j’ai voté pour elle, je voudrais l’entendre, lance une jeune femme. Ce n’est pas un projet écolo, on remet en question ce qui a été décidé avant elle, il faut revoir la copie. » Une autre demande « à quoi sert cette concertation, si les marges de manœuvre sont aussi petites, à choisir une balançoire ou un terrain de pétanque ? » Colère, consternation, impression que tout est ficelé d’avance.

Valérie Lasek rappelle qu’Euratlantique doit concilier de multiples contraintes, dont celle de construire des logements, des bureaux et commerces, dans un quartier à revitaliser. Et, au final, l’opération d’aménagement doit s’équilibrer financièrement. Le mot de la fin est donné par Pierre Hurmic : « Manifestement, le projet suscite des réactions vives, reconnaît-il. Euratlantique est une opération de l’État qui a fortement bétonné, un projet daté, avec une folie des grandeurs. Ce soir, il n’y a pas de consensus. On ne peut pas conclure cette concertation. De nouvelles pistes d’évolution vont devoir être étudiées. » Sa position de président d’Euratlantique lui sera très utile.